Cauchemar en cuisine

11 mars 0 Commentaire Catégorie: Non classé

Je ne peux pas me taire.

 Car ce que j’ai entendu ce matin, à une heure de grande écoute, sur une station de radio à diffusion nationale, ne saurait être laissé sans réagir.

 Ce 11 mars, le chef cuisinier Christian Etchebest était l’invité du journaliste Yves Calvi sur RTL.

 Non pas pour parler recettes, ou de son intégration prochaine du jury de Masterchef sur TF1. Encore que le journaliste ait bien pris soin de le rappeler car quitte à passer à l’antenne, autant glisser une petite promo.

 Christian Etchebest était essentiellement interrogé sur la violence en cuisine.

 En effet ces dernières semaines, plusieurs plaintes de cuisiniers ont été lancées contre de grands chefs étoilés, accusés de harcèlement, voire de violences.

 Dans un reportage télévisé, un cuisinier est venu témoigner avoir été brûlé volontairement au bras par son Maître de stage, pour le punir d’une négligence.

 Des cuisiniers ont relaté des propos dénigrants, des hurlements, des coups de poing reçus pour une sauce mal faite ou un plat trop cuit.

 Tout ceci, dans le huis clos de la cuisine que ne soupçonnent pas ceux qui paient fort cher, des plats fort bons.

 Si la salle est châtoyante, l’arrière cuisine et ses pratiques, sont peu ragoûtantes.

 Il se concevait donc que le chef Etchebest, étoile montante de la cuisine et des plateaux de télévision réunis, se prononce sur ces graves accusations venant ternir l’image de sa noble profession qui fait la fierté et la réputation de notre beau pays.

 Ce qu’a dit l’intéressé dépasse l’entendement.

 Il a commencé par nier l’existence de violences en cuisine: « des chefs violents ? jamais entendu parler. Je n’y crois pas. » En d’autres termes, circulez, il n’y a rien à voir.

 Et de demander : « mais de quoi parle t’on ? j’aimerais qu’on m’explique précisément ce qui se passe ! »

 De deux choses l’une: soit Christian Etchebest a vécu dans un igloo au fin fond d’un désert de glace du Grand Nord pendant des dernières semaines. Soit comme tout un chacun, dont votre serviteur, il a parfaitement entendu les témoignages des stagiaires, commis, cuisiniers…se disant victimes de harcèlement et de violences, mais il n’y a pas plus aveugle que celui qui ne veut pas voir. Christian Etchebest pourrait dans ce second cas, se reconvertir aisément comme acteur. Il joue très bien la naïveté et l’ignorance.

 Puis invité par le journaliste à préciser sa position, Philippe Etchebest apportait à ses propos, une nuance de taille. « si la violence est gratuite, il faut la dénoncer, porter plainte ».

 Ainsi pour Christian Etchebest, il devrait être fait une distinction entre deux sortes de violences: une violence qui serait « gratuite », injustifiée, qu’il faudrait combattre et dénoncer. Celle des « grandes claques et des coups de poing ». Et une violence légitime, justifiée par une erreur en cuisine, la sauce trop fade, le plat trop épicé. Celle des petites claques et des « coups d’épaule », celle des « petits coups de pied au cul » qu’il reconnaît avoir pris, en précisant que c’était « pour (son) bien ».

 Christian Etchebest va même plus loin : la cuisine serait un monde « à part », qui bénéficierait de règles dérogatoires du droit commun. ici, môssieur, on ne se parle pas comme dans les bureaux. Que l’on y hausse le ton, que l’on s’y parle mal, que l’on se prenne dans la gueule un carré d’agneau trop cuit, c’est normal. C’est « l’école de la vie. »

 Et le grand chef de conclure: « je dis merci aux gens qui m’ont poussé et qui n’ont pas été tendres avec moi ».

 Tant qu’à faire ! Battu et content !

 Libre à vous, Monsieur Etchebest, d’avoir pris des coups et subi des hurlements et d’avoir « aimé ça », ou d’y avoir puisé une force mentale à toute épreuve vous permettant de vous surpasser.

Mais le masochisme exige à tout le moins, le consentement de celui qui le pratique. Et vous ne pouvez pas imposer aux autres d’endurer ce que vous-même avez supporté, parce que vous pensez que c’était « pour votre bien ».

 Ne vous en déplaise, Monsieur Etchebest, les coups, les cris, les plats dans la gueule, ont un côté pédagogique qui m’échappe quelque peu.

 Et qui échappe semble t’il aussi aux salariés qui ont porté plainte contre les chefs cuisiniers adeptes de telles méthodes.

Qui échappe également au Législateur qui n’a pas créé de dispositions spécifiques exonératoires de condamnations, en faveur des chefs cuisiniers, ni dans le Code du Travail, ni dans le Code Pénal.

 Minimiser la violence et le harcèlement, c’est les banaliser.

 Il eut été bon qu’Yves Calvi le rappelât à Monsieur Etchebest.

 Je vois défiler dans mon Cabinet suffisamment de salariés, cuisiniers y compris, cassés, brisés dans leur chair et dans leur vocation, parce que violentés et harcelés au travail, pour ne pas réagir face à la banalisation de la violence.

Qui est anormale et doit être bannie. Même en cuisine.

http://www.rtl.fr/actu/societe-faits-divers/violence-en-cuisine-il-faut-arreter-de-faire-rever-les-gens-a-la-tele-dit-christian-etchebest-7776967107

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