Emmurés vivants

17 août 0 Commentaire Catégorie: Non classé

Je sais bien qu’il ne faut pas parler aux cons, que cela  les instruit.

Mais je n’ai pas pu résister à la tentation d’engager le débat avec un abruti de comptoir sur Twitter.

J’avais relayé un article de l’Observatoire International des Prisons, transcrivant les premières impressions de primo-incarcérés. Ils y disaient leur désespoir, leurs craintes, leur désarroi, leurs difficultés, la cruauté et la dureté de leur condition.

Evidemment, c’était là agiter un chiffon rouge devant un taureau-Dupont Lajoie, qui, drapé dans ses beaux principes et ses belles certitudes, ne manqua pas de répliquer en substance : « oh, les pauvres petits…n’avaient qu’à pas y aller…c’est pas un restaurant…et leurs victimes, on leur demande ce qu’elles ressentent ? »

Il me fallut donc répliquer en rappelant qu’un bon tiers des détenus est encore présumé innocent, faute d’avoir été jugé puisque se trouvant en détention provisoire dans l’attente de son procès. Faut-il donc un « pré-jugement », en les astreignant à des conditions de détention punitives ?

Je me rappelais ma conclusion d’un précédent article sur ce blog (« derrière les barreaux, la prison, mythe et réalités »:  « Le but n’est pas de faire pleurer dans les chaumières sur le sort de personnes qui ont commis des délits ou des crimes parfois abjects.

Je comprends que vous vous souciiez peu de ce que Francis Heaulme ou Michel Fourniret paie son dentifrice ou sa télé trop cher et doive peut-être partager 9 m2 avec deux autres personnes.

Beaucoup semblent oublier un point essentiel : la prison, c’est l’absence de liberté, et rien d’autre. Ni plus, ni moins. Un prisonnier à droit au respect du à tout être humain, même s’il a commis les pires crimes. Un prisonnier est un être humain ; la déclaration universelle des droits de l’homme s’applique à lui, surtout à lui. Les droits de l’homme ont vocation à protéger les plus faibles.

Un prisonnier est un humain faible car dépendant de l’Etat, de son arbitraire et de sa malhonnêteté le cas échéant.

Encore une fois, et définitivement : la prison, c’est juste l’absence de liberté. Tout le reste (et l’on parle là du confort minimal permettant de tout simplement vivre), le détenu y a droit.

Ajoutons qu’un détenu maltraité, qui s’ennuie, qui ne fait rien de ses journées, est un récidiviste en puissance.

Le rôle de la prison, c’est de permettre la réinsertion, pas de détruire le détenu. Car oui, un détenu à aussi vocation à retrouver la liberté. C’est dans l’ordre naturel des choses : on ne maintient pas un être humain jusqu’à sa mort en prison. En tout cas, c’est ce qu’une démocratie soucieuse du respect des droits de l’homme, gouvernée par des élus sensibles et humanistes, doit faire : libérer un détenu quand il a payé son prix à la société.

S’il n’y a pas justice et humanité à l’intérieur de la prison, comment peut-on réclamer qu’il y en ait une après ? »

Mon interlocuteur me fit alors une révélation qui me laissa pantois : il n’en démordait pas, il n’aurait jamais la moindre commisération pour la situation des détenus qui avaient « mérité » leur sort, et se devaient de « payer » leurs forfaits en subissant les conditions carcérales les plus dures; mais surtout, lui-même se disait…chrétien, catholique pratiquant.

Je le questionnai donc sur sa foi, ou supposée telle. Il me répondit qu’il « suivait les 10 commandements », et se « détournait des sept péchés capitaux ». Que je n’allais pas lui donner des leçons en la matière car il avait « suivi son catéchisme » pendant 3 ans avec son épouse.

Je me permis tout de même de relever qu’il avait dû sauter des pages, si j’en jugeais par son absence totale d’empathie et de sens du pardon envers son prochain.

Je lui rappelai, lui qui se targuait de suivre les 10 commandements, « tu aimeras ton prochain comme toi-même ».

Je lui souhaitai de ne pas être jugé un jour avec autant de sévérité et d’absence d’indulgence, qu’il ne jugeait lui-même autrui.

Il me répondit « droit dans ses bottes » se sentir parfaitement serein, car son casier était vierge et le resterait encore longtemps.

Je lui rappelai l’Evangile selon Saint-Matthieu : « A chaque fois que vous avez visité en prison l’un de ces petits, c’est moi que vous avez visité. A chaque fois que vous ne l’avez pas fait, c’est à moi que vous ne l’avez pas fait ».

Il répondit alors qu’il avait de la commisération pour les détenus « politiques » et d’opinion, mais nullement pour les délinquants. Il n’avait visiblement rien compris à l’Evangile ni au catéchisme de l’Eglise catholique, à laquelle il revendiquait appartenir.

Je lui sortis un article de La Croix relatant la visite du Pape François à des détenus, et son appel au pardon et aux respect de nos frères emprisonnés, quoi qu’ils aient fait. Il me répondit que ce Pape était pour lui « un imposteur et un hérétique ».

Je lui produisis un article similaire concernant Saint Jean-Paul II. Il me répondit « lui, je ne sais pas, mais il était proche de la franc-maçonnerie »…

Ce fut peine perdue : on ne peut faire s’abreuver un âne qui n’a pas soif. Il est des personnes auxquelles vous aurez beau démontrer par A plus B qu’elles font fausse route, même le nez dans leur crotte, elles n’en démordront pas, et maintiendront leur position contre toute logique, toute rhétorique, tout argumentaire.

J’ai donc laissé ce pauvre type à ses certitudes, mais je le plains beaucoup.

Parce que l’enfermé, c’est lui.

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