Instructeur Rambo, stage commando

27 juillet 2 Commentaires Catégorie: Non classé

« Papa, je ne veux plus aller à l’aviron ! »

Nous sommes vendredi, au petit déjeuner, à quelques minutes du départ de nos deux loupiots, âgés de 10 et 8 ans, pour leur dernier jour de « stage ».

Depuis cinq jours, tous deux rament sur la Saône. Comme tous parents, particulièrement ceux qui travaillent, nous connaissons à chaque période de vacances, l’angoisse bien connue du « mais que vais-je donc bien faire pour les occuper ? »

Une amie nous ayant recommandé le stage aviron, auquel participe également son fils, nous les avons inscrits. Nous y avions vu le moyen idéal de joindre l’utile à l’agréable : utile car les enfants sont « pris en charge » de 9 heures à 17 heures, qui plus est à proximité de mon Cabinet. Ils m’accompagneront donc le matin, et j’irai les rechercher le soir, sans que  mon après-midi soit trop « flingué ». L’agréable, car en ces périodes de fortes chaleurs, rien de tel qu’une activité nautique, au contact plus ou moins direct de l’eau (surtout en cas de chavirage). Aussi, ce sera l’occasion pour les enfants de découvrir un nouveau sport, afin de peut-être, qui sait, s’inscrire aux régates et représenter la France aux jeux Olympiques de 2028. En attendant, les voilà dans une ambiance conviviale et sécurisante, encadrés par des animateurs compétents, pédagogues et bienveillants. Pour un peu, j’envierais presque mes enfants, de s’amuser ainsi au grand air, youkaïdi, youkaïda.

De fait, les premiers jours se déroulent sans problème particulier. Simplement, le premier soir, mon fils me dit que son meilleur copain s’est fait houspiller par un animateur qui trouvait qu’il ne ramait pas assez vite. Mon fils trouve cela un peu injuste car c’est « notre premier jour. » Propos empreints de grande sagesse, et nous en restons là.

Pour le reste, mes pré-pré-ados ne se livrent pas plus que cela : ce qui se passe entre jeunes reste entre jeunes, et j’ai droit à un laconique « c’était bien », et à l’info minimale « on a bien ramé, on s’est baignés ».

Le troisième jour, ils reviennent un peu plus épuisés, et mon fils m’explique que son copain, de peur de se faire enguirlander de nouveau, a renoncé à ramer…que c’est donc mon fils qui rame seul pour deux, d’où ses ampoules aux mains (8 kilomètres, ça use). Je maudis ce petit saloupiaud qui a trouvé un moyen de se faire promener sur la Saône tranquillou, en laissant ramer la chair de ma chair.

Je m’étonne également que, alors que sur le dépliant est indiqué que l’activité est de 9 heures à 17 heures, j’aie trouvé mes enfants en déshérence et sans surveillance dans une cour, dès 16 heures 30. Il reste bien des encadrants, mais ils jouent aux cartes dans un local, et je dois leur signaler que je reprends mes gosses. J’ai été tenté de les ramener à la voiture puis de revenir l’air de rien, demander où ils sont, pour leur faire peur et leur faire comprendre que n’importe quoi peut arriver…

Mais les enfants ont l’air contents, me redisent que « ça va », et c’est bien là l’essentiel.

Toutefois, une maman vient me signaler qu’elle est venue l’après-midi, filmer son enfant (celui-là même qui fait ramer mon esclave de fils). Et qu’elle a assisté à une scène où un animateur, mécontent du fait que mon fils et le sien aient accosté à un mauvais ponton, a hurlé, et projeté, de rage, leurs rames dans la Saône, obligeant mon fils (notez que le sien n’en fait toujours pas une rame, c’est le cas de le dire) à se jeter à l’eau tout habillé pour les rechercher.

Mes enfants confirment, et me disent que ma fille a chaviré à cause d’un animateur dont la grande blague consiste à les frôler en zodiac pour leur faire des remous ; de même il les tracte sans ménagements, prend des virages « secs » avec pour conséquence, des retournements de bateaux…

Toutefois ils sont encore motivés à continuer, je pense qu’il s’agit d’incidents ponctuels.

Mais ce matin, mon fils est catégorique : hors de question de continuer l’aviron.

Je mets son attitude sur le coup de la fatigue, après tout cela fait déjà 4 jours qu’il rame matin et soir.

Je lui demande donc les raisons de son refus, surtout au dernier jour.

Il m’apprend alors -et je manque d’en tomber de ma chaise :

* que les animateurs les surveillent à peine, l’un d’eux préférant conter fleurette sur le bateau à moteur de secours. Tous les animateurs déjeunent dans une salle à part le midi, laissant les enfants pique-niquer seuls à l’extérieur, sans surveillance,

* que des courses sont organisées chaque jour; les vainqueurs ne sont jamais félicités. En revanche, les derniers subissent des gages humiliants, consistant à ramer la prochaine course sans aviron, à la main. Et s’ils sont encore derniers (ce qui est souvent le cas dans ces conditions), les animateurs les obligent à sauter dans la vase, et s’ils refusent, demandent aux autres enfants de les pousser !

* qu’ils subissent stress et pression, par un animateur qui leur hurle dessus et ne maîtrise pas ses nerfs. Précisément celui qu’une maman a vu jeter des rames, de rage, à la Saône, obligeant mon fils à aller les rechercher, pour un grief minime…

Sa sœur confirme.

Mais pourquoi ne pas nous en avoir parlé avant ?

« On avait peur de lui…on n’osait pas… »

En résumé, le stage loisirs-découverte de l’aviron, auquel je pensais les avoir inscrits, se mue en stage commando.

N’ayant aucune intention de transformer mes enfants en paras ou en légionnaires, et fort de ces révélations, confirmées par l’un de leurs camarades,  je les convainc d’assister à la dernière journée, et dès 9 heures, je prends un animateur à l’écart pour lui signaler le problème et lui demander des explications.

Il me répond que c’est son premier jour sur cette base, il n’a donc rien vu ni entendu ; mais que les enfants ont peut-être exagéré… (et la mère témoin de la scène, aussi, je suppose). Que lui même fait faire des « gages » aux enfants mais « des gentils »…

Nous attendons son chef (qui arrive à 9 h 15 pour un début d’activité prévu à 9 heures…). Il se fend d’un sourire ironique, me dit avant même de me laisser exposer les griefs, que son club d’aviron est réputé, qu’il existe depuis longtemps, que les enfants reviennent d’une année sur l’autre…

Sous-entend-il que le problème viendrait de mes enfants ?

Je lui réponds que ce qui compte n’est pas tant l’institution en elle-même que ceux qui l’animent. Ainsi il existe des écoles bicentenaires, mais qui recrutent un prof pédophile…

Il reconnaît alors que l’animateur visé, n’a pas de compétences pédagogiques, il s’agit juste d’ un rameur…mais « on peine à recruter des animateurs valables, on fait avec ce qu’on a, sinon on n’a plus qu’à fermer l’activité comme pour la voile où on n’a trouvé personne, ou demander 1000 euros de la semaine pour attirer un animateur chevronné… »

Le raisonnement est donc « la fin justifie les moyens, pour préserver notre activité, on ne doit pas être regardant, pas faire la fine bouche, donc on peut recruter n’importe qui, et tant pis pour les conséquences ». Quand il s’agit de la sécurité d’enfants, pareil argumentaire n’est pas recevable.

Quant au fait de ne jamais récompenser les vainqueurs des régates, mais d’humilier les derniers, il se trouve justifié : « Vous comprenez, ce genre de stage nous sert aussi à détecter les futurs champions….donc on peut les pousser un peu, être exigeant, leur faire repousser leurs limites… »

Et les dégoûter d’entrée, surtout !

Son sourire moqueur s’est fait bien plus crispé quand je lui ai rappelé ma profession, et que je lui ai parlé des risques encourus pour violences sur mineur de 15 ans ou moins par personne ayant autorité. (5 ans d’emprisonnement, 75 000 euros d’amende).

Il a promis que la dernière journée se passerait TRES bien, et je lui ai rappelé qu’il y avait intérêt sinon c’était le commissariat direct.

D’ailleurs, l’animateur mis en cause, est absent aujourd’hui.

J’en accepte l’augure…mais suis révolté par la réaction consistant à remettre en cause a priori la parole des enfants, à minimiser, et presque « excuser » le fautif. A tous niveaux, décidément, la priorité est à la préservation de l’institution !

J’ignorais en tout cas que Monsieur Benalla était animateur d’aviron…

(Au fait, le temps de nos explications, il était 9 h 40 passées; les animateurs sont alors seulement arrivés, entretemps les enfants jouaient sans surveillance dans les vestiaires. Pour un stage censé commencer à 9 heures…)

Maintenant, je comprends pourquoi ce sport connaît une fréquentation « confidentielle » : si les stages d’été, devant servir à le faire connaître et aimer, conduisent à en dégoûter les enfants par des attitudes et agissement inappropriés…voilà une belle occasion de manquée !

  1. Bonjour,
    C’est une expérience bien malheureuse sur notre Saône, que je déplore.
    Il y a des clubs très conviviaux et réellement ouverts à tous (je précise que je n’ai aucun à priori sur le club d’aviron), qui se feraient un plaisir d’acceuillir vos jeunes pour qu’ils aient un souvenir positif des activités nautiques proposées sur Macon.
    Je pense par exemple club de voile ou particulièrement à celui du ski nautique dont je fais parti.
    Bien à vous.

    B. BUENO 7 août 2018 à 17 h 26 min Permalink
  2. cette histoire a trouvé un épilogue particulier : j’ai reçu en courriel, la notification de la licence d’aviron pour mes enfants !

    Nous n’avons jamais exprimé auprès du club, le souhait de prendre une licence sportive et d’être affiliés auprès de la Fédération Française d’Aviron.

    Ma fille, ainsi que son frère, se sont simplement inscrits à un stage d’été de découverte de l’aviron.

    Il n’est indiqué nulle part, que ce soit dans le flyer publicitaire ou le formulaire d’inscription, et ne nous a été dit à aucun moment, que les frais d’inscription au stage, incluaient la souscription d’une licence de club.

    Bien plus, le bulletin d’inscription nous demandant notre adresse courriel, précisait que celle-ci serait à usage purement interne du club et ne serait pas communiqué à quiconque d’autre. Or visiblement tel n’est pas le cas, avec la réception d’un courriel d’Aviron France.

    Il ne nous a pas été spécifié par le club, de surcroît, nos droits d’accès aux données informatisées nous concernant ni la mention CNIL.

    Nous découvrons à la lecture du document de licence, que la Fédération Française d’Aviron serait susceptible de transmettre à d’autres entreprises, notre adresse courriel, sauf avis contraire de notre part. Nous nous y opposons, concernant nos deux enfants, et avons dû le spécifier par courriel.

    Nous sommes d’autant plus contrariés par ces procédés, que ce stage censé faire découvrir l’aviron s’est mal passé. Nous n’entendons pas voir nos enfants gonfler artificiellement le nombre de licenciés de ce club nautique.

    souslarobe 7 août 2018 à 17 h 40 min Permalink

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