Complot au bistrot

29 mai Un Commentaire Catégorie: Non classé

Dialogue (fictif, mais plus vrai que nature) au coin du comptoir.

-          Dis tu as vu ce jeune malien sans papiers, Mamoudou Gassama, qui a sauvé un enfant de 4 ans en escaladant une façade d’immeuble ? Quel exploit !

-          Quelle histoire, surtout ! César de la mise en scène !

-           ?! explique-toi…

-          La France a besoin de héros, et de contes de fées…

-          Donc pour toi, tout ça, ce serait du pipeau ?

-          Exactement. Il n’y a qu’à voir comment Macron l’a récupéré pour communiquer, comment les médias se sont emparés de l’affaire…

-          Mais tu confonds l’acte lui-même et ses conséquences ! Donc parce que tu considères que ce sauvetage a été « récupéré » ou « exploité », que tu estimes que l’on en a « trop fait » au niveau couverture médiatiques d’un acte tout de même peu banal, ce serait pure mystification ?

-          Ah non, je me base sur les faits ! Mais ce n’est pas plausible ! Déjà, l’immeuble : comme par hasard, c’est le seul du quartier où il y ait autant de « prises » pour pouvoir s’accrocher…

-          L’immeuble aurait été « choisi », donc, par un enfant de 4 ans, pour s’y jeter depuis un balcon ?

-          Non, mais…

-          Mais quoi, alors ? Si c’est une mise en scène, il y aurait des dingues qui auraient suspendu un gamin dans le vide, juste pour…pour quoi, d’ailleurs ? Pour faire le buzz ? Pour que Mamoudou ait des papiers ?

-          Je ne dis pas cela…mais le gamin ne bougeait pas, on aurait dit un mannequin…

-          Je voudrais bien t’y voir, toi, suspendu dans le vide, à 4 ans. Sans doute ne bougeait-il plus car tétanisé et mort de peur. Donc, on met un mannequin, et ensuite, on confie ce mannequin aux services sociaux et on met en père en garde à vue ? ça en ferait, des complices ! Entre le « faux héros », le voisin, les témoins en bas de l’immeuble, les pompiers, le procureur, les services de l’ASE, les policiers surveillant le gardé à vue…c’est un complot mondial !

-          Je ne dis pas cela, je dis simplement que ça me semble bizarre qu’un gamin ait pu chuter d’un étage, et se rattraper un balcon plus bas, et tenir ainsi plusieurs minutes…et physiquement, la théorie de la chute des corps…

-          Mais quel intérêt aurait-on eu à déclarer qu’il avait chuté d’au-dessus ? Et l’énergie du désespoir, tu ne connais pas ? Ce pauvre gosse a été récupéré blessé, un orteil en sang, un ongle cassé, à force de s’accrocher. Et les balcons étaient composés de grillages permettant d’avoir prise…

-          Ah tu vois, comme par hasard ! Et le voisin qui le tient avant que le noir arrive…il aurait pu le récupérer non ? Mise en scène, je te dis !

-          Si tu regardes attentivement la vidéo depuis le début, tu t’aperçois qu’au départ, le voisin n’est pas à son balcon. Il est arrivé pratiquement au même moment que Mamoudou, celui que tu appelles « le noir ». Il s’est écoulé quelques secondes ! Juste le temps d’arriver, de réaliser que Mamoudou est presque au même balcon, qu’il se trouve en meilleure situation pour prendre l’enfant, alors que soi-même on n’a accès qu’à un seul bras, que son balcon est séparé de celui de l’enfant par une cloison, et par le vide ! Le voisin a eu quelques secondes pour réagir, il a maintenu le gamin, a tenté sans doute de le rassurer, du temps que son sauveur parvienne jusqu’à lui, quelques secondes plus tard…

-          N’empêche, c’est suspect, un sans papiers si entraîné, si athlétique…

-          Parce que tous les sans-papiers doivent être maigres et affaiblis ?

-          Je n’ai pas dit cela…mais elle pue, cette histoire. Et comme par hasard, c’est filmé.

-          Oui, comme la plupart des faits divers, les gens deviennent voyeuristes, maintenant tout le monde a un smartphone et a le réflexe quasi reptilien de le dégainer quand il a l’impression d’assister à un évènement. Pour de multiples raisons, des plus nobles au plus glauques…est-ce que cela fait une mise en scène pour autant ? Tu veux dire que tous ceux en bas de l’immeuble étaient de mèche ?

-          Non mais…

-          Tu sais quoi ? Ce n’est pas cette histoire qui pue, c’est ton mode de pensée. Sérieux, pose-toi cette question : aurais-tu déployé tant d’énergie et d’opiniâtreté, à tenter d’alimenter une théorie du complot, s’il c’était agi d’un sauveteur blanc en situation régulière, pour ne pas dire un « bon français de souche, bien de chez nous ? » Non, ce qui te défrise, c’est de voir qu’un sans-papiers noir ait été le seul à avoir autant de courage , et soit honoré comme tel. Qu’il ait fait montre de plus d’humanité que toi pour sauver un gosse.

-          Mais non, ça n’a rien à voir…tout de suite, le racisme !

-          Tu ne t’en rends peut-être pas compte, mais oui ; dans ton subconscient. On aura beau te montrer toutes les vidéos du monde et te donner toutes les explications, Tu n’y croiras jamais. C’est aussi à cause de ce qu’on appelle le « biais de confirmation », j’ai entendu ça sur RTL par le Docteur Cymes. Ça se passe dans la tête. C’est en rapport avec cette prédisposition que nous avons tous à ne retenir que ce qui nous arrange, que ce qui confirme nos croyances.
Imaginons que tu travailles dans une maternité et que tu sois intimement persuadé que la pleine lune a de l’influence sur les accouchements. Si un soir il y a deux fois plus d’accouchements que d’habitude et que tu constates en rentrant à la maison que c’est la pleine lune,  que vas-tu dire ? « Comme par hasard, c’est la pleine lune. La voilà l’explication de cette nuit d’enfer que je viens de passer ! ».
Mais si, trois jours plus tard, tu as tout autant de femmes qui accouchent dans ta maternité et que tu ne vois pas de pleine lune, l’idée de remettre en cause ta croyance ne te viendra pas à l’esprit. C’est juste que tu n’y auras pas pensé. Tu procèdes ainsi à l’évacuation de l’info parce qu’elle ne correspond pas à ce que tu penses et crois.

Même chose en l’espèce : on t’explique tout mais tu préfères t’arc-bouter sur la théorie du complot et du coup monté. Parce que tu n’aimes pas les médias. Parce que tu te méfies des noirs. Ou l’inverse.

-          Mais alors, c’est moi le problème ?

-          Tu l’as dit ! C’est bien d’être sceptique, d’avoir du recul sur les infos que l’on te donne, mais de là à douter de tout…

-          Mais les médias nous ont bien fait croire des choses.

-          Parce qu’ils y croyaient aussi. Comme par exemple, le fait divers de l’agression de « papy Voise » en 2002 qui a ému et a pu jouer mécaniquement un rôle dans le vote FN et la présence surprise de Le Pen au second tout de la présidentielle…Mais ce n’est pas parce qu’une rose t’a piqué un jour, qu’il faut rejeter toutes les roses. Ce n’est pas parce que tu as eu le sentiment d’avoir été manipulé ou trompé par une info, qu’il faut ne plus rien croire…

-          J’ai le droit de penser ce que je veux !

-          Et moi j’ai le droit de te dire qu’en l’occurrence, tu te trompes. Et de tenter de t’en convaincre ! Parce que si je te sais dans l’erreur et que je t’y laisse, quel genre d’ami serais-je ?

-          C’est systématique, quelqu’un qui à une autre opinion, est automatiquement raciste. Mais le battage médiatique, qui est fait derrière, est lui aussi nauséabond, tout comme la récupération politique. Ensuite, il est tellement de fables, par les médias, que je ne suis pas tenu de les croire. D’autant que c’est justement parce que les médias font un tel battage , quand ça les arrange, que l’on arrive à douter de la véracité de ce qu’ils disent .

-          Tu ne peux pas te défendre sur le fond, alors tu déplaces le débat sur la forme. Il me semble t’avoir déjà amplement répondu sur ce point, au cours de cet échange. En quoi cela « arrange » t’-il les médias ? Ils vont là où se trouve l’actualité. Ils couvrent l’évènement. Cela pose la question des chaînes infos, de la couverture « en boucle », parfois ad nauseam, mais tu n’es pas obligé de regarder BFMTV ou LCI en H24, et c’est un tout autre débat.

En tout cas une chose est sûre : si les complotistes déployaient autant d’énergie à tenter de sauver leurs prochains, qu’à chercher toute matière à remise en cause d’un acte héroïque par un jeune noir, le monde serait meilleur !

Allez, sans rancune, je t’offre un autre petit noir ?

-          Je préfèrerais un blanc !

-          Ah tu vois, tu avoues ! Ton subconscient a parlé !

Une réponse

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  1. Bonjour,
    Je suis journaliste et je suis tombé sur l’un de vos articles :
    http://souslarobe.unblog.fr/2015/01/23/quand-la-banque-debloque-le-tribunal-aussi/

    J’enquête justement sur cette pratique (l’organisme de financement débloque les fonds avec un faux PV de reception des travaux, fournie par une entreprise qui s’évapore aussitôt l’argent reçu).
    Et comme vous avez pu le constater, c’est un vrai casse tête juridique.

    J »aimerais comprendre un peu plus en détail les tenants et les aboutissants de cette méthode, notamment les recours potentiels pour les victimes (j’en ai trouvé un bon nombre…). Et vous avez l’air de vous y connaitre pas mal sur le sujet. Serait-il possible d’en discuter ?

    Merci par avance :)
    a.lamy@pallastv.com

    A. Lamy 4 juin 2018 à 15 h 55 min Permalink

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