Comment te dire adieu

30 août 10 Commentaires Catégorie: Non classé

Cinq ans.

Cinq ans que nos routes se sont croisées.

Comme dans beaucoup d’histoires d’amour, nous avons été présentés par une connaissance commune.

Le coup de foudre a été immédiat, en tout cas, de mon côté. Toi, tu t’es laissé un peu désirer. J’ai dû m’employer pour te séduire, pour que tu me regardes un peu, puis beaucoup, puis passionnément.

Pour t’attirer, j’ai décidé de te faire rire, de te partager mes joies, mon quotidien d’avocat. Je savais que cela te plairait : les audiences, les faits divers, fascinent déjà à priori ; alors, traités de façon humoristique…tu ne pouvais pas résister.

Nous sommes devenus liés l’un à l’autre, partageant notre quotidien, nos rires, nos larmes, aussi. Nous avons vécu tant de belles choses.

Avec toi mes enfants ont grandi. Quand ils faisaient des bêtises, quand ils changeaient de classe, quand ils me gratifiaient den leurs réflexions naïves et savoureuses, tu étais là. Je t’associais à mes petites joies du quotidien, et ce n’était pas pour te déplaire.

Grâce à ton soutien, j’ai pu faire éditer un livre de mes Perles des Tribunaux. C’est toi qui m’as fait rencontrer la bonne personne pour cela.

Tu m’as défendu, aussi, quand des fâcheux, des aigris, des jaloux, voulaient nous séparer et m’empêcher de te fréquenter. Parce qu’ils estimaient notre relation, indignes de mon rang ; parce que dans mon milieu « il y a des choses qui ne se font pas ». Parce qu’on nous trouvait trop liés.

Tu m’as aidé dans mes combats, aussi. Quand je t’ai fait part de mes indignations, sur le sort des migrants, sur l’humiliation subie par un client de la communauté des gens du voyage de la part d’un substitut général aux propos tendancieux, tu étais là. Tu as relayé mes propos tout autour de toi, et Dieu sait si tu connais du beau monde. Tu t’es fait caisse de résonnance, tu m’as ouvert les portes des salles de rédaction et les micros des journalistes. Tes relations m’ont permis de rédiger quelques chroniques pour Sos Racisme, ce dont je ne suis pas peu fier.

Et moi aussi, j’étais là pour toi. Ensemble nous avons pleuré de rage et de tristesse mêlées, devant tant d’attentats, de souffrances humaines, que tu m’apprenais.

Cinq ans…

Mais aujourd’hui, j’ai décidé de te quitter.

Parce qu’en cinq années, je t’ai vu changer, et que ce changement-là ne me plait guère.

Parce que j’en ai assez de certains aspects de ton caractère, devenus à la longue, insupportables.

Passe encore que tu me prennes à partie avec des propos insignifiants, du genre « ah bon c’est vrai ? » (que veux tu que je te réponde) ou « c’est un hoax » (merci, tout le monde avait compris) ; parfois tu me fais penser au François Pignon du dîner de cons demandant « ah bon, elle est bretonne ? »

Passe encore que tu reprennes mes propos à ton propre compte, avec pour tout commentaire « lol », « mdr » ou « c’est vrai », histoire d’y apposer ta griffe et de donner ton non-avis.

Mais Homme libre, je n’en peux plus des règles que tu m’imposes. Comme celle de ne te parler que de nouvelles « fraîches » et de ne pouvoir aborder avec toi un « vieil » article sans que tu me reprennes de volée : « old », « ça date de 2016 », « c’est ancien »…

Je ne tolère plus que tu permettes à de sombres inconnus, qui ignorent tout de mes idées et convictions politiques, me traiter publiquement de « gauchiasse » parce que j’ai émis une opinion qui leur a visiblement déplu. Et que tu ne trouves rien à redire quand je te le signale.

Je ne peux même plus blaguer sur la beauté de la maîtresse de ma petite fille, sans que tu me reprennes de volée, parce que « résumer une femme à son physique, c’est sexiste ».

Ton oppressante police de la pensée, me conduit à peser chaque mot, chaque expression, et même, à te mentir en te disant que mon client qui a dit « Z’y va Maître ta plaidoirie elle m’a troué l’anus » s’appelle Jean-Baptiste alors qu’en vrai il s’appelle Momo, de peur que tu me taxes de racisme ou de clichés.

Je n’accepte pas davantage, que par indiscrétion, fayotage pour se faire mousser à mes dépens, ou simplement désir pervers de me créer des soucis et d’en être spectateur, je ne puisse plus critiquer quelqu’un auprès de toi, sans que tu décides de l’en aviser séance tenante. « M’dame, m’dame, il critique La Poste ! Haaan ! regardez, qu’en pensez-vous, @groupelaposte » ? « M’dame Céline Dion, mon copain, il vous aime pas, lisez ce qu’il écrit sur vous ! »

Tes exigences vont jusqu’à me désigner à la vindicte populaire, si j’ai le malheur d’avoir la même idée qu’une autre de tes connaissances. Tu me traites alors de « copieur », de «plagiaire », parce que j’ai osé écrire « il fait beau et chaud » et que ton ami Loulou79 que je ne connais même pas, l’a écrit avant moi le 3 avril 2007.

Mais ce que je déteste par-dessus tout, c’est ton intransigeance à mon égard. Aucun écart, aucune faute (à commencer par celles d’orthographe) n’est toléré avec toi.

Je commets une erreur de frappe ? Tu me lances un agressif « va consulter un Bescherelle ». Quand tu ne signales pas l’erreur en question au Bescherelle lui-même ou à sa version « ta mère ».

J’envoie un message maladroit ou gaffeur, que je supprime immédiatement ? Tu te fais un malin plaisir de l’exhumer, par une capture d’écran, en soulignant que je l’ai effacé mais que pas de chance pour moi, et heureusement pour le monde, toi, tu veillais !

Et tant pis pour celui dont j’ignorais qu’il était homosexuel et à qui j’ai écrit en parlant de « sa femme », avant de corriger le tir pour ne pas me montrer involontairement blessant quand, consultant un article de journal le concernant, j’ai enfin su.

Oui, tu prends un tour fort inquiétant.

Tu m’as fait rire, tu m’as fait pleurer, j’ai appris beaucoup de choses grâce à toi, j’ai été dans les premiers à savoir que tel artiste était décédé ou qu’il y avait des coups de feu au Bataclan.

Mais aujourd’hui, le constat est amer : je m’emmerde à ton contact, j’y trouve davantage de déplaisir que de joies, à cause de tes travers.

Alors, bien qu’il m’en coûte, ma décision est prise.

Twitter, je te quitte.

Nous nous sommes tant aimés…

10 Réponses

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  1. Quel dommage ! C’est la première fois que je lis un de vos billets avec autant de regret. Promettez-nous au moins de continuer à publier sur ce blog !

    Athéenuation IV 30 août 2017 à 17 h 41 min Permalink
  2. Je suis très triste. Je ne commente pas sur Twitter mais je lis vos tweet plusieurs fois par jour et ils m’amusent très souvent. Surtout quand vous parlez de vos enfants. Quelquefois, aussi ils sont plus graves et nous apprennent beaucoup. Ils vont me manquer.
    De plus vous mentionnez 2 endroits que je connais bien, St-Quentin où j’ai vécu 26 ans et Mâcon où j’ai fait mes études.
    Cordialement,
    Josette

    Josette 30 août 2017 à 18 h 21 min Permalink
  3. Comme c’est dommage
    J’ai aimé votre humour
    Votre bonne humeur
    Vos clients
    Vos enfants
    Votre femme parfois
    Je n’ai pas aimé
    Vous voir tomber
    Vous savoir sans mains
    Alors qu’il me manquait un pied
    Belle route à vous et votre univers

    Michèle 30 août 2017 à 18 h 55 min Permalink
  4. Quel dommage, Vous me manquerez. J’adorais vos traits d’humour, et vos récits du monde pénal et judiciaire étaient toujours instructifs.

    ippotphil 31 août 2017 à 6 h 45 min Permalink
  5. C’est compréhensible mais ça n’en est pas moins dommage.
    Vos traits d’humour vont manquer à Twitter. Et c’est une place de plus laissée libre pour le coté obscur.
    Bonne route. Et merci pour tout ce que vous avez partagé.

    Lu7 31 août 2017 à 9 h 48 min Permalink
  6. Bonjour, je peux comprendre, mais je suis réellement dégoûté, j’ai régulièrement rigolé tout seul – comme un con ! ? – devant mon écran à vous lire !

    au plaisir, peut-être de vous lire…ailleurs !

    Lionel Modolo 31 août 2017 à 13 h 56 min Permalink
  7. Bonjour,

    Je suis triste, j’aimais beaucoup vos Tweets et votre personnalité ! Cependant, je conserve l’adresse de votre blog.

    Bonne route !

    (VBD !)

    CatherineRequin 31 août 2017 à 15 h 31 min Permalink
  8. Tweeter va me sembler sans grand intérêt sans vous. Au fil des jours j’ai ri, ragé et été émue par vous et comme vous. Vous avez su tout aborder avec tact et respect pour autrui. Merci pour ces moments partagés. Je vous souhaite le meilleur.

    Pottiez Nathalie 31 août 2017 à 22 h 28 min Permalink
  9. :-( c’est toujours la minorité de trolls qui crie le plus fort. Super compte Twitter, qui méritait bien un aussi beau message d’adieu… ou d’au revoir j’espère.

    Hmseek 31 août 2017 à 23 h 01 min Permalink
  10. c’était un plaisir de vous lire.
    Salutations

    bob 2 septembre 2017 à 14 h 45 min Permalink

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