Voir Venise et mourir

27 janvier 0 Commentaire Catégorie: Non classé

Paris, 1er février 1954

 Mes amis, au secours…

Une femme vient de mourir gelée, cette nuit à 3 heures…

Venise, 26 janvier 2017.

Un homme vient de mourir noyé, dans l’eau glaciale des canaux

Mais l’Abbé Pierre n’est plus là pour bousculer nos consciences, du moins ce qu’il en reste.

Mais cela s’est passé à Venise, « à l’étranger », loin de notre pas de porte, et Dieu sait si notre compassion aux malheurs d’autrui s’amenuise proportionnellement à leur éloignement géographique par rapport à nos pompes.

Mais cela concerne un migrant, noir qui plus est.

Alors à la place de gilets de sauvetage, certains ont sorti leur téléphone portable. Pour « immortaliser » ce moment et le diffuser sur les réseaux sociaux ; non pas tant pour dénoncer le sort de ce pauvre hère, mais -signe des temps et de cette société égoîste où plus rien ne tourne rond- afin de « créer le buzz » ; de dire à ses « followers » sur Twitter et Facebook : « j’y étais ! Pas caps d’en trouver autant ! », et de susciter l’intérêt, des  « retweets », des « followers » supplémentaires, autour de sa petite personne.

Pendant ce temps-là, l’homme se noyait.

Après tout, ce n’était qu’un migrant, un « sans-droit ». Qu’importe s’il disposait d’une autorisation de séjour valable ; l’avait qu’à pas être là. Fallait pas venir. Fallait pas prendre le bâteau. Fallait pas se jeter dans une eau à 5 degrés pour casser l’ambiance, gâcher la vue et le paysage aux amoureux lovés sur leurs gondoles vénitiennes. Fallait rester crever chez soi.

Alors, puisqu’il n’a rien, même sa mort, autant la lui voler. En le filmant en train de se débattre comme on le ferait d’un insecte prisonnier d’un tube de verre rempli d’eau. Pire encore, en se moquant de lui en lui criant : « Afrique ! Afrique ! » Voire en l’insultant : « c’est une merde », « allez, rentre chez toi », « il est stupide, il veut mourir ».

Déjà, il y a plus de deux mille ans, l’on raconte qu’une foule haineuse s’en était pris à un homme ; elle avait déchiré ses vêtements, l’avait ceint d’une couronne d’épines, en s’en moquant : « salut, roi des juifs ! » ; elle lui avait fait boire du vinaigre, et l’avait invectivé alors qu’il se trouvait sur une croix : « sauve-toi toi-même ! »

Deux mille ans…

Hier, un homme est mort.

 il s’appelait Pateh Sabally et était âgé de 22 ans. Originaire de Gambie, il avait fui son pays pour rejoindre l’Italie, où il bénéficiait depuis deux ans d’un titre de réfugié.

Cela s’est passé à Venise, la ville de l’amour.

Je comptais y emmener mon épouse cette année pour nos dix ans de mariage.

Nous éviterons les ponts et les cons.

Nous jetterons un bouquet de fleurs dans la mer.

Pour Pateh Sabally.

Et pour qu’au milieu des lazzis et de l’indifférence mortelle, s’élève à nouveau une voix qui nous dise : « Toi qui souffres, qui que tu sois, entre, dors, mange, reprends espoir, ici on t’aime ! ».

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