J’ai testé pour vous: le service pédiatrique d’une clinique.

16 décembre 3 Commentaires Catégorie: Non classé

Mon fils ayant hérité des qualités de sa mère, mais également des défauts de son père, est atteint d’un fort strabisme. Les enfants de 8 ans étant parfois cruels entre eux, la chair de ma chair a émis le désir de corriger cette « coquetterie » à l’œil pour ne plus être appelé en cours de récré « le mec louche », ce qui s’avère mortifiant tant pour lui-même que pour son paternel, avocat de profession.

 Nous obtînmes donc rendez-vous pour cette opération dans une clinique ophtalmique réputée (il faut ce qu’il faut, et quand on aime, on ne compte pas).

 La veille, je reçois un SMS intitulé « ambulatoire », m’invitant à me présenter DIRECTEMENT (en majuscule dans le texte, ce doit être important de ne SURTOUT pas passer par l’accueil) auprès des infirmières au 4ème étage « à gauche à droite » (sic) du service ambulatoire. Il m’est demandé de me présenter à jeun (moi, le père de l’enfant opéré !) et d’apporter toutes mes radios et autres examens.

 Bête et discipliné, je me présentai donc à jeun le lendemain, des fois que le chirurgien souhaite m’opérer par solidarité familiale. J’avais emporté au cas où, mes radios du poignet et de ma colonne vertébrale, n’ayant pas retrouvé les résultats d’examens concernant mes propres yeux, datant, à ma décharge, de plus de 40 ans.

 Nous voilà mon fils et moi, au quatrième étage, face à un dilemme : faut-il prendre le couloir de gauche, ou celui de droite ? J’opte pour la droite par instinct (si tout le monde fait de même aux présidentielles, j’ai des craintes). Le couloir nous mène à une unité pédiatrique, avec salle de jeux, sapin de Noël, cadeaux et tutti quanti. Mais désert de personnel médical.

Les numéros de portes de chambres et autres salles de soins ont été opportunément remplacés par des titres de livres: « Albert et Clémentine aux Jeux Olympiques », « la princesse aux sports d’hiver »…Très pratique. J’imagine quand un enfant malade sonne l’infirmière: « ah, c’est donjons et dragons qui se sent mal…au fait sa chambre, elle est où par rapport à « Albert et Clémentine à la mer ? »

J’alpague au passage, une jeune fille en blanc dotée d’un bonnet de mère Noël sur la tête.

-         Bonjour, nous venons pour une opération.

-         Nous vous attendions (j’espère bien !). Avancez dans le couloir jusqu’à la salle des infirmières, mes collègues vont vous recevoir.

Je fais presser le pas à mon fiston, impatient que je suis d’aller trouver un nid de jeunes et belles infirmières, mais surtout ne le dis pas à maman, petit saloupiaud.

Je suis accueilli par un infirmier barbu, qui me demande tout de go: « ah oui, l’opération…votre fils, c’est Mohamed ou Théophile ? »

Puis il nous conduit dans la chambre « princesse et dragon ». Revient avec des papiers pour que je lui signe une décharge « parce que si ça se passe mal à l’anesthésie ou pendant l’opération, faut qu’on soit couvert, vous comprenez ! »

Mon fils qui n’en perd pas une miette, a compris lui aussi, et alors qu’il partait la fleur au fusil, impatient et excité d’avoir un œil neuf, le voilà un poil plus hésitant.

« Papa, c’est vrai ce qu’il a dit, je peux mourir ? »

Pas le temps de répondre à cette question embarrassante: une jeune femme arrive, et se couche dans le lit juste à côté de celui de mon fils. Ce doit être pour aider le papa à patienter, je suppose (j’ai une excellente mutuelle). Nous nous dévisageons sans rien dire, chacun semblant se demander s’il ne s’est pas trompé de chambre.

L’infirmier barbu revient et demande à mon fils:

-         donc, tu es Amal ?

L’intruse intervient: « non, Amal, c’est moi. Je viens pour une cloison du nez »

L’infirmier l’apostrophe:

 -         Vous faites quoi là ?

-         j’sais pas c’est votre collègue qui m’a dit de venir ici…

-         ah mais non, c’est pas le bon service ! C’est la pédiatrie, ici ! On ne met jamais un adulte avec un enfant !

J’ai beau expliquer qu’à titre personnel cela ne me gêne pas, et mon fils non plus, la compagnie m’est prestement enlevée. Juste le temps d’apprendre qu’elle a un fils du même âge que le mien. Chouette.

Pour passer le temps (nous attendons depuis déjà 30 minutes), je joue avec la télécommande du lit. Mon fils tente de m’en dissuader: « papa, arrête, c’est interdit ! On va se faire gronder ! »

Dommage, c’était amusant.

Puis une infirmière revient avec une chemise d’opéré en papier: « il faut mettre ça, et être tout nu dessous ».

Mon fils est emballé: « super, on dirait un habit de chevalier ! »

Les enfants sont formidables: ils trouvent matière à jouer en toutes circonstances, y compris juste avant de se faire charcuter. Nous faisons des photos de mon petit malade-chevalier dans la chambre, juste devant les fresques représentant le dragon, la princesse et le château-fort.

Retour de l’infirmière, avec un sirop au caramel: « c’est pour t’aider à t’endormir ». Mon fils boît goulûment et commente: « oui, ben, caramel ou pas, je l’ai bien senti, le goût du médicament ! »

Jamais content, celui-là…

J’avise soudain une affichette avec un dessin de petit lapin: « je suis Médicool, le lapin. Si tu veux tout savoir de ton opération, demande aux infirmières, elles te diffuseront un DVD ».

Je m’apprête à le faire, mais déjà un nouvel infirmier arrive: nous sommes attendus au bloc. Il prend le lit à roulettes de mon petit chevalier et heurte sans ménagements tous les obstacles qu’il trouve sur son chemin. J’entreprends donc de l’aider, ce qui le fait rire: « même le papa met la main à la pâte ! » Euh…comment te dire…c’est pour éviter que mon fils soit brinquebalé, un peu de douceur avant une opération, même bénigne…

Nous prenons un grand ascenseur et descendons au deuxième étage, celui du bloc opératoire (gloups). L’infirmier me dit qu’à partir de cette limite, je ne suis plus accepté. Je fais donc un gros bisou à mon fils et le vois s’éloigner. J’ai le cœur qui saigne.

L’infirmier m’a dit que je pouvais attendre soit dans la chambre, soit dans une salle d’attente. J’opte pour la chambre, mais impossible de remonter au 4ème étage: il faut un code.

Je me trouvais encore désespéré devant les portes closes de l’ascenseur, quand j’ai vu repasser l’infirmier avec mon fils. « Je me suis trompé de bloc, c’est de l’autre côté…suivez-moi, il y a une salle d’attente ».

Re-séparation, re-bisous-re-déchirement. « A dans une heure, Monsieur ! »

Me voilà dans un couloir d’attente ouvert à tous vents, doté d’un distributeur automatique de boissons chaudes et de friandises. Mais aucune pièce sur moi: mes sous sont restés dans la chambre « princesse et dragon ».

Les minutes passent, puis les heures. Toujours rien, et personne pour me renseigner. Je sursaute à chaque bruit de roulettes de brancard, le cœur plein d’espoir. J’échange des SMS avec mon épouse. Non, toujours rien.

Une dame qui attendait avec moi, est enfin appelée. Maintenant je comprends pourquoi on appelle les malades, « patients ». Elle maugrée: « il est 17 heures, je suis là depuis 13 heures, j’ai mis un produit dans l’œil, il ne va plus faire effet à force ! »

L’infirmière lui rétorque: « c’est très bien, la pupille sera bien dilatée ! »

Finalement je trouve un ascenseur non réservé au personnel. Je remonte dans la chambre.

J’en suis au troisième chapitre d’ »un Président ne devrait pas dire ça », quand une infirmière arrive et pose un thermomètre à côté de moi, sans un mot.

Quelques minutes plus tard, elle revient, le secoue, et s’exclame :

-         Mais ??? Vous n’avez pas pris votre température ?!

-         Non, j’attends mon fils.

-         Et vous avez besoin de votre fils pour prendre votre température ???

Cette clinique m’inquiète de plus en plus.

J’attends depuis 3 heures quand je reçois un appel: « c’est le service pédiatrique, on a appelé votre femme qui nous a dit que vous étiez ici. Votre fils se réveille. Où êtes-vous ? Bon, on passe vous chercher ! »

Me voilà guidé par un aide-soignant jusqu’à deux grandes portes battantes de la salle de réveil. A côté de nous, une infirmière beugle dans son téléphone portable. J’ai déjà connu réveil plus doux.

L’aide-soignant me demande de revêtir une charlotte et une blouse, puis de lire à haute voix (!) la « charte de la salle de réveil », qui dit en substance que les parents ne sont que tolérés, qu’ils ne doivent ni y téléphoner, ni y prendre des photos (sérieux, il y en a qui le font ?) et rester très discrets « par respect pour les patients ». Je me sens quelque peu infantilisé à devoir faire mon exercice de lecture d’une voix sonore. « C’est pour s’assurer que vous avez bien compris ». Penser à faire la même chose avec les magistrats quand je leur remets des écritures.

Je dois encore me laver les mains avec une solution, comme avant d’aller manger chez Willy Rovelli dans Fort Boyard.

Puis une blouse verte vient me chercher. Et me donne des consignes: « bon, ON ne le touche pas, ON ne lui fait pas de bisou, ON ne dit rien, ON le laisse se réveiller tranquillement. »

J’ouvre la bouche pour lui dire qu’elle peut s’adresser à moi à la deuxième personne, pour me dire « vous », par exemple, quand elle me désigne mon Théophile : « ah, ça dort bien ! ».

« ça », c’est mon fils. Un enfant. Un être humain. Pas un animal ou un objet.

Théo dort, rose, svelte. Ce jeu de mots, je l’avais déjà fait à sa naissance…

Mon fils est bardé d’électrodes, et arbore une impressionnante coque de protection à l’œil. Mon dieu, ils me l’ont éborgné !

Je le regarde, mi-inquiet, mi-attendri –la seule chose que je sois autorisé à faire, si j’ai bien compris.

Soudain résonnent des éclats de voix. Une blouse verte vient d’entrer et apostrophe ses collègues ou subordonnés, je ne sais.

« On a trouvé un type dans un lit alors qu’il n’était pas attendu ! Il y a quelqu’un qui lui a fait un bracelet, un dossier, sans même vérifier s’il avait le droit d’être là !! »

C’est à cette douce mélodie que mon fils se réveille enfin. Aussitôt nous sommes exfiltrés de la salle de réveil, pour regagner sa chambre. Il est vaseux, mais vivant, et il n’a pas mal à l’œil, c’est essentiel.

L’infirmière lui demande s’il veut garder son masque en plastique en souvenir.

-         Mais, vous l’avez anesthésié au masque ? Lors du rendez-vous pré-opératoire, l’anesthésiste lui avait laissé le choix, et mon fils avait choisi la piqûre…

-         Ah, on les endort tous au masque, en fait. Mais rassurez-vous, ensuite il a eu une piqûre, aussi…

Retour dans la chambre. Mon fils serre très fort contre lui, le doudou qui lui a été remis en salle d’opération. Une infirmière lui apporte une collation. Il apprécie, lui qui n’a rien avalé depuis 7 heures du matin. Il s’insurge quand je tente de lui piquer un peu de son pain, je me rabats discrètement sur un petit sablé.

Puis j’avise un verre vide et m’y verse de l’eau. Curieux, ce goût de caramel…mais ?! Le verre n’a pas été changé, j’ai bu le reste du médicament somnifère de tout à l’heure !!

J’en suis au cinquantième SMS avec mon épouse pour lui dire que « non, toujours rien, nous ne savons pas s’il est sortant », quand ma batterie de portable me lâche et un jeune homme en jean’s apparaît. Je m’apprête à lui dire que décidément, ça va bien les erreurs de chambre, et que quitte à choisir je préférais la jeune fille de tout à l’heure, mais il me dit être le chirurgien qui a opéré mon fils.

-         tout s’est bien passé, il a été très courageux. Pour la pommade à mettre sur l’œil il faut bien la mettre dans le rouge, tout en bas.

-         D’accord. Est-il sortant ?

-         Bien sûr, vous êtes en ambulatoire ! Il a dormi, il a fait pipi ? Donc il sort. L’infirmière va venir enlever son cathéter.

-         Et pour vous régler ?

-         C’est en bas à l’accueil mais à cette heure-ci il n’y a plus personne. Soyez sans crainte, la clinique vous enverra la facture !

-         C’est précisément ce qui m’inquiète. Merci, en tout cas.

-         Pas de quoi ! Je vous revois mercredi, n’oubliez pas…

Plusieurs dizaines de minutes s’écoulent encore, mon fils somnole et je ne suis pas loin d’en faire autant. Il faut dire que je visionne un discours de Juppé sur LCP.

La porte s’ouvre brusquement. Un homme de ménage.

-         ah tiens, je croyais que la chambre était vide…

-         nous ne demandons qu’à partir, nous attendons l’infirmière

-         je vous l’appelle…Marie-Thérèse ! Il y en a deux qui veulent partir !

-         mes collègues arrivent ! qu’ils attendent !

Encore vingt minutes de Juppé (un calvaire), puis une série sur Gulli, quand l’infirmière arrive enfin. Libère mon fils de ses derniers tuyaux.

-         Excusez-moi, mon fils peut-il porter ses lunettes malgré sa coque de protection ?

-         J’ m’en fous, moi, qu’il les porte ou pas…si le chirurgien n’a rien dit c’est qu’il peut !!

-         Charmant. Merci beaucoup.

J’habille mon fils, et nous voilà repartis. Dans la salle des infirmier-e-s, on nous regarde vaguement, sans répondre à nos aux-revoir.

Il fait nuit noire. 9 heures que nous sommes là…

Je paie le parking, avant de m’apercevoir que c’était inutile : passé une certaine heure, toutes les barrières sont ouvertes.

Reçu la facture par courriel. Se faire soigner à l’œil, ça coûte un bras.

Il est grand temps en tout cas, de se pencher sur la question de l’anarchie qui règne dans nos hôpitaux.

  1. Pour avoir,cette année,fréquenté les hopitaux pendant plus de 120 jours,je m’élève en faux de votre témoignage.
    Une arrivé aux urgences,une prise en charge en 5 minutes.passage aux soins intensifs avec prise en compte de la douleur efficace.Transfert en unité et accueil personnalisé.
    Une attention de tous les instants.Aussi bien sur le plan tchnique que psychologique.
    merci à tout ce personnel hospitalier qui a su me remettre sur pied.

    Pascal POULAIN 16 décembre 2016 à 14 h 53 min Permalink
    • Vous étiez dans le public, contrairement à cette clinique.

      Athéenuation IV 17 décembre 2016 à 19 h 38 min Permalink
    • Parce que vous avez vécu une expérience différente, vous vous « élevez en faux ? »
      Cela s’est bien passé vous concernant et j’en suis bien heureux pour vous.
      Tel n’a pas été mon cas.
      Ce qui ne signifie en rien que vous ou moi, soit un menteur.

      SousLaRobe 17 décembre 2016 à 20 h 50 min Permalink

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