God Bless America

11 octobre 0 Commentaire Catégorie: Non classé

J’ignore si l’avenir appartient à ceux qui se lèvent tôt.

Ce que je sais en revanche, c’est que la direction de la première puissance mondiale, appartiendra bientôt à une femme, ou un homme, dont certains en France –j’en suis- se seront levés à trois heures du matin, pour suivre les débats télévisés.

 Autant le dire: j’ai très vite regretté mon lit.

 J’espérais que la plus grande démocratie occidentale, la Nation qui a donné au monde John Fitzgerald Kennedy, Martin Luther King, ou encore George Washington, ne pouvait connaître que des campagnes électorales exemplaires en tous points, par quiconque en briguerait la magistrature suprême. Une campagne digne, brillante, qui soit l’occasion de débats d’un niveau soutenu, et dont du choc des idées jaillirait la lumière…

 Naïf que j’étais !

Passons sur les différences « culturelles » qui veulent qu’ici  en France l’on écoute quasi-religieusement les candidats lors des débats, qui ne sont pas des meetings, et où l’on ne s’aventurerait pas, sous peine de se faire expulser de la salle, à s’exclamer de petits cris extatiques sitôt que son « champion » s’est fendu d’une saillie bien sentie, et avant même qu’il ait terminé sa phrase. Les anglo-saxons sont ainsi : comme les italiens sont incapables d’observer une minute de silence et la passent à applaudir respectueusement, les américains, dès qu’ils aiment, « il faut que ça sorte ». Qu’ils l’expriment par des « youhouhou », que ce soit dès qu’un chanteur réussit quelques aigüs, ou qu’un politicien a une belle répartie. Quitte à couvrir de ses onomatopées, quelques mesures de la chanson ou quelques mots du candidat…

Passons sur certains sujets abordés qui peuvent nous sembler fort lointains, tel que celui autour de la nomination d’un juge à la Cour Suprême, ou fort incongrus, tel l »Obamacare », nous qui bénéficions de la couverture maladie universelle et à qui il ne viendrait pas à l’idée d’en remettre en cause le principe ni de dire « ça coûte trop cher aux riches, que ces salauds de pauvres se débrouillent sans, non mais des fois. »

Passons encore sur la langue de bois, qui a été érigée manifestement de l’autre côté de l’Atlantique, au rang d’art. Etait-ce un souci de traduction ? Il n’en demeure pas moins qu’à des questions précises telles que « diriez-vous que vous adoptez le bon comportement ? », aucun des deux candidats ne s’est risqué à aborder directement sa propre attitude, mais a développé son programme…La palme de la noyade de poisson revenant assurément à Donald Trump, qui interrogé sur ses frasques, réussira l’exploit de terminer par des considérations sur…l’Etat Islamique. Comprenne que pourra !

Imagine t’on un Sarkozy interrogé sur l’affaire Bygmalion, un Hollande titillé sur Valérie et Julie, qui répondraient en invoquant le Mali ou la Syrie ? Les langues de nos hommes politiques sont certes en bois, mais faites de bois tendre…

Oui, passons ces spécificités locales et attachons-nous au fond du débat. Mais quel fond ?! Celui-ci aura brillé par son abyssale vacuité.

Un électeur « indécis » évoque t’-il l’écologie, le développement durable, l’avenir énergétique du pays ? Il s’entend répondre que l’écologie c’est « très important », « primordial », et…c’est tout. Aucune proposition concrète. Quid de l’après-pétrole ? Quid de l’exploitation du gaz de schiste et ses conséquences géologiques et écologiques ? Quid du nucléaire ? Quid de l’éolien ? Aucun des deux candidats n’a abordé ces sujets malgré une magnifique lampe de lancement. Cap Canaveral n’est plus ce qu’il était. L’Amérique promet la lune mais tarde à nous montrer les étoiles.

Même frustration sur la Syrie et sur le sort d’Alep. Juste une déclaration sur l’air de « nous n’interviendrons pas, nous n’enverrons pas de troupes, rassurez-vous », dixit Donald Trump qui se permettait au passage d’exprimer une dissension sur ce sujet, avec son propre colistier ! « tout ça c’est la faute des russes »‘ indiquait Hillary Clinton. Et…? Rien. Aucune solution. Des généralités. Les alépins peuvent crever sous les bombes. L’Oncle Sam n’a pas la solution et se garde bien de la chercher. Il est occupé ailleurs.

Ailleurs où ? Ailleurs à quoi ? Eh bien, et c’est bien cela le plus navrant, à se vautrer dans la fange d’une campagne trash ou tous les coups semblent permis.

Bien entendu, il est normal et sain, que les citoyens soient parfaitement informés au sujet du personnage à qui ils confieront leur destin, des milliards d’euros de budget, le commandement des forces armées, et le code secret de la force nucléaire, entre autres.

Mais il est anormal et malsain, que des « révélations » soient sciemment retenues pour être savamment distillées, au compte-gouttes, au moment jugé stratégiquement le plus opportun…

Nous ne sommes plus dès lors dans le souci d’éclairer le citoyen mais dans la basse manœuvre politicienne…

Ainsi, ne pouvait-on pas faire un lot de tout ce que l’on pouvait savoir sur Donald Trump, plutôt que d’en faire un feuilleton ? De conserver « pour la bonne bouche » pendant des mois voire des années, des vidéos de ses propos sexistes ou racistes tenus « dans une autre vie » ? Et ces victimes, pourquoi se manifestent-elles seulement maintenant ? Cette miss univers qui dit avoir été humiliée par Trump ? Cette femme qui prétend avoir été violée par Bill Clinton à l’âge de 12 ans ? Pourquoi a-t-il fallu 18 ans pour « découvrir » que Trump ne payait pas ses impôts fédéraux, ou qu’il s’était fait porter pâle pour ne pas effectuer son service militaire ? Et pourquoi ressortir contre Hillary Clinton des témoignages sur son attitude violente envers ce pauvre Bill et à l’égard du personnel de la Maison Blanche, il y a plus de 20 ans ?

Le débat de fond est totalement occulté. Les américains ne voteront pas pour un programme, ni même pour une femme ou un homme, mais contre la personnalité qui les dégoûtera le plus…entre Trump « qui ne paie pas ses impôts, tient des propos sexistes et racistes, insulte tout le monde » et Clinton « qui a détruit des courriels confidentiels, est violente et méprisante avec son entourage, a un mari violeur et n’a pas la santé solide pour le poste »…

Pauvre Amérique. Dieu la bénisse. Car vu le spectacle pitoyable qu’elle donne, dans cette campagne électorale qui tient davantage du dézinguage de l’adversaire que de la recherche de solutions concrètes pour améliorer la vie de ses concitoyens, je crains que seul un miracle puisse encore la sauver.

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