Les Toqués du Touquet (et d’ailleurs)

28 août 0 Commentaire Catégorie: Non classé

Lettre à Monsieur Daniel Fasquelle

Maire du Touquet

Mon Cher Daniel

Permets-moi de t’appeler par ton prénom et de te tutoyer, comme c’était le cas quand j’étais encore étudiant et que tu fréquentais la Corpo de Droit(e) de la faculté Paris II-Panthéon-Assas.

Tu étais déjà à l’époque, il me semble, chargé d’enseignement et nous t’admirions, présentant en toi un futur édile voire ministre dans les trente années qui viendraient.

C’était il y a 25 ans.

Sans doute as-tu entendu parler, à cette époque, mon cher Daniel, de cette étudiante voilée qui venait systématiquement en retard en cours et prenait un malin plaisir à remonter lentement le grand amphi, sous les lazzis et les sifflets. Elle a disparu comme par enchantement quand elle ne s’est plus heurtée qu’au mur de notre indifférence…

Aujourd’hui, tu as connu la progression de carrière que nous avions pronostiquée. Tu es maire du Touquet et proche de Nicolas Sarkozy himself. Peut-être seras-tu un jour, au regard de ton cursus, Garde des Sceaux…

En attendant, c’est ta plage, ses seaux et ses burquinis qui sont l’objet de toutes tes attentions.

Encore que, des burquinis au Touquet, de ton propre aveu tu n’en aies jamais vu…

Mais mieux vaut prévenir que guérir, et surfant sur la vague de tes collègues de la Côte d’Azur, tu t’es toi aussi fendu d’un arrêté anti-burquini, parce que les plages du Touquet n’ont rien à envier à celles de Cannes, Nice ou Villeneuve Loubet, non mais alors.

 Et comme tes collègues, tu n’acceptes par la décision du Conseil d’Etat, venu fort opportunément rappeler l’absence de légalité d’une telle mesure, clairement attentatoire aux Libertés Fondamentales et davantage susceptible de troubler l’ordre public que le maillot de bain qu’elle entend combattre.

Alors tu persistes. Mais comme tu es un malin, mon cher Daniel, tu « justifies » ta décision par…des impératifs de sécurité. Le burquini n’aurait pas les qualités de portance des combinaisons adoptées pendant un temps par nos nageurs de compétition, et serait susceptible d’envoyer sa détentrice, par le fond. En clair, tu es un protecteur de la femme musulmane en burquini risquant la noyade et elle devrait te dire merci.

Mon cher Daniel, arrête ta tartufferie. Si tu nous livrais plutôt le fond de ta pensée, même politiquement incorrecte et susceptible de te coûter des voix aux prochaines élections ? Si tu nous disais tout simplement, avec la candeur et la sincérité naïve de ce restaurateur refusant de servir les femmes voilées, qu’en ces temps troublés et principalement depuis les derniers attentats, l’affirmation ostentatoire de l’appartenance à la religion musulmane, et tous ses symboles: foulard, niqab, hidjab, burqini, djellaba…sont vécues par une frange importante de la population française, comme autant d’agressions et de provocations ? Que pour certains, musulman = islamiste = terroriste ? Que le vivre ensemble est en train de voler en éclats et que nous avons troqué la liberté, la légalité, la fraternité, pour la sécurité et la méfiance ? Que cela s’est constaté dès le lendemain des attentats de Nice, quand des personnes musulmanes n’ont pas pu se recueillir sur la Promenade des Anglais et y pleurer leurs propres morts, en étant expulsées par des « souchiens » qui leur demandaient de « rentrer chez elles » ? Que les tensions sont à ce point exacerbées, que les uns provoquent et les autres mordent rapidement à l’hameçon en faisant part de leur exaspération et de leurs craintes irraisonnées d’un « grand remplacement », d’un « basculement de société » où Colombey les deux Eglises deviendrait Colombey les Deux Mosquées ? Que l’on frémit à la perspective du prochain attentat qui pourrait être celui de trop et mettre le feu aux poudres ? Que nous sommes dans l’émotionnel et l’irrationnel qui se moque bien des libertés fondamentales et du droit ? Que d’aucuns voudraient dire aux musulmans: « nous vous tenons pour personnellement responsables des attentats commis. Nous ne vous considérons pas comme faisant partie de la communauté nationale, mais comme de potentiels ennemis de l’intérieur, animés de velléités liberticides envers notre mode de vie, nos coutumes, notre civilisation. En cela, l’expression publique de vos différences alimentaires et vestimentaires et de votre appartenance à votre religion, nous exaspèrent et nous sont intolérables. Nous les voyons comme une affirmation d’une défiance par rapport à l’occident et de refus de vous assimiler à la Nation. Les circonstances dramatiques actuelles avec cette vague d’attentats sanglants, exigerait que vous vous fassiez le plus discrets possibles, voire complètement invisibles, avec profil bas, honteux de ce que des personnes se réclamant de vous, de votre Islam, ont perpétré. »?

Mon cher Daniel, si tu nous disais clairement ceci: « mes électeurs sont tendus et plutôt que de les apaiser comme le ferait un édile responsable, j’abonde dans leur sens, et Fasquelle rimant avec Martel, je ferai de mon Touquet le nouveau Poitiers, symbole du coup d’arrêt à l’invasion sarrazine  » ?

Au moins cela aurait plus de cohérence que de discuter coefficient de portance du burquini dans la Manche ou toute autre mer.

Il existe un récit dont le héros, par son comportement, est présenté de telle façon que le lecteur en tire un message de réconfort, en rapport avec les besoins spirituels de l’époque. Prenant du recul par rapport au présent, il dispense une sagesse venue d’un haut.

Ce récit fait partie de la Bible. Il s’appelle…le Livre de Daniel.

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