J’ai mal à mon Pape

2 août 6 Commentaires Catégorie: Non classé

J’ai mal à mon Pape.

Quelle mouche a donc piqué le Saint-Père François, en ce dimanche pour tenir pareils propos dans l’avion qui le reconduisait de Cracovie vers Rome ?

Fatigue du retour d’une semaine de journées mondiales de la jeunesse ?

Ivresse due à l’altitude ou à l’air conditionné ?

Toujours est-il que son discours sur l’islam ne passe pas.

Il a suscité l’enthousiasme de tout ce que la France compte de bobos, athées et bien-pensants anticléricaux, c’est dire s’il est intrinsèquement mauvais pour l’Eglise.

Le Pape aurait pu se contenter de dire qu’on ne peut pas identifier l’islam avec la violence; que ce serait injuste pour la grande majorité des musulmans, surtout ceux d’occident, qui vivent leur foi paisiblement et qui sont les premières victimes du dévoiement de l’islam.

Il aurait pu saluer ces actions de Paix de la part de musulmans, en France mais aussi en Italie, qui ce dimanche-là, protégèrent symboliquement des églises ou même, assistèrent à la messe. Un moyen fort de déclarer « not  in my name », « pas en mon nom », et de se démarquer clairement des terroristes qui leur font tant de torts.

Il aurait pu dire que musulmans et chrétiens étaient unis contre la haine, ne vivraient pas dans la crainte et la défiance des uns envers les autres, et donc n’iraient pas là où Daech entendaient les mener.

Sauf que le Pape s’est laissé aller à un parallèle hasardeux, entre fondamentalisme islamiste et fondamentalisme catholique.

Le raisonnement du Pape François est inapproprié à plus d’un titre.

Il est inapproprié en ce qu’il survient précisément le jour où était affichée une prise de conscience des musulmans, d’un problème au sein de l’Islam.

Car, comme l’indique Patrick Karam, Président de la Coordination des Chrétiens d’Orient en Danger, dans une tribune publiée dans le Figaro, « c’est bien l’islam qui sert de prétexte et de base idéologique à des organisations terroristes qu’il faut bien appeler islamistes. C’est bien certains versets du Coran aux accents guerriers qui sont sollicités par des dirigeants politico-religieux fanatiques en Orient pour soumettre les populations, persécuter les minorités, notamment les chrétiens, massacrer à grande échelle, violer, réduire en esclavage des fillettes et des femmes. »

Le jour où le Pape déclare qu’il n’y a pas de violence spécifiquement islamiste, des personnalités musulmanes (médecins, chercheurs, avocats, élus de la République…) publient une tribune dans le Journal du Dimanche, pour déclarer prendre à bras-le-corps le problème du fondamentalisme islamiste et proposer des solutions.

Critiquant ouvertement l’organisation actuelle de l’islam en France ces personnalités indiquent : »en tant que musulmans, de foi ou de culture, nous sommes concernés par l’impuissance de l’organisation actuelle de l’islam de France qui n’au aucune prise sur les évènements (…) les représentants traditionnels (en creux, le Conseil Français du Culte Musulman) ne comprennent plus les musulmans français car ils ne les connaissent pas, tout simplement. Alors il faut changer de générations, avec un projet d’organisation clair « 

Et de préconiser des sources de financement pérennes et transparentes aux mosquées, la formation et le salariat des imams et de  » faire le travail historique, anthropologique et théologique qui permet et permettra encore plus demain d’être français et musulman dans une République laïque ». Et « mener enfin la bataille culturelle contre l’islamisme radical, auprès des jeunes et des moins jeunes, avec les moyens de production les plus modernes et les techniques de diffusion des idées et des informations les plus efficaces. »

Ce même dimanche, Tareq Oubrou, recteur de la Mosquée de Bordeaux, était interviewé sur France 2. Il déclarait nécessaire « une refondation de toute l’idéologie musulmane qui est encore médiévale et d’un droit canon qui a été conçu au Moyen-Âge et qu’il faudrait reformuler. »

En clair, des élites musulmanes appelaient à une véritable prise de conscience et introspection au sein de l’Islam, à une sérieuse remise en cause, et même à une révolution idéologique par une ré-interprétation du Coran, rien de moins.

Toujours en ce dimanche, Le Premier Ministre Manuel Valls fustigeait « un poison terrible qui s’est répandu. Petit à petit, insidieusement, sur fond d’influences venues de l’étranger et de montée des communautarismes, s’est développé un contre-modèle de société, un modèle contre la République et ses valeurs. De nombreux musulmans de France sont pris en otages par le fondamentalisme, le salafisme, les Frères musulmans, qui font de leur culte un étendard, une arme contre les autres. »

Manuel Valls poursuivait : « Les musulmans ont donc une immense responsabilité à assumer.

Notre pays doit faire au monde entier la démonstration éclatante que l’islam est compatible avec la démocratie. C’est un chantier passionnant, exaltant, qui demande de remettre à plat tout ce qui doit l’être. L’islam de France est un islam sunnite, sans hiérarchie ni clergé (…)

Il faut, d’abord, repenser complètement la formation des imams et des aumôniers. La France doit devenir un pôle d’excellence ­européen dans l’enseignement de la théologie musulmane (…) Les imams et les aumôniers de France devront être désormais uniquement formés en France.

Il y a urgence à aider l’islam de France à se ­débarrasser de ceux qui le minent de l’intérieur. Pour cela, il nous appartient de bâtir un véritable Pacte avec l’islam de France, donnant à la Fondation une place centrale. Comme les pères de la loi du 9 décembre 1905, nous devons inventer un équilibre avec l’islam de France aux termes duquel la République lui offre la garantie du libre exercice du culte. Si l’islam n’aide pas la République à combattre ceux qui remettent en cause les libertés publiques, il sera de plus en plus dur pour la République de garantir ce libre exercice du culte. 

 

(…) C’est à chacun de s’opposer à ceux qui manient les revendications communautaires ou complotistes, remettent en cause les lois de 2004 et 2010 sur les signes religieux et contre le voile intégral. »

Là-dessus, intervient le Pape.

Qui se laisse aller à un parallèle hasardeux, renvoyant dos-à-dos christianisme et islam au sujet de la violence : «Je n’aime pas parler de violence islamique, parce qu’en feuilletant les journaux je vois tous les jours que des violences, même en Italie: celui-là qui tue sa fiancée, tel autre qui tue sa belle-mère, et un autre… et ce sont des catholiques baptisés, hein ! Ce sont des catholiques violents. Si je parle de violence islamique, je dois parler de violence catholique».

Mettre au même niveau la violence domestique et celle qui obéit aux injonctions de certaines sourates du Coran procède d’une profonde confusion intellectuelle.

Il y aura toujours des hommes violents, et ce quelles que soient les civilisations.

Mais à aucun moment, ces actes de violence ne reçoivent, dans le catholicisme, une quelconque forme de légitimation religieuse par un texte ou une autorité sacrés. Ce n’est malheureusement pas le cas en islam et ce sont des penseurs musulmans qui parfois le dénoncent courageusement.

Ainsi, en va-t-il d’Abdennour Bidar pour qui l’islamisme est un cancer qui prend ses racines au sein même de l’islam : «Tu refuses que les crimes de ce monstre soient commis en ton nom (hashtag #NotInMyName). Tu t’insurges que le monstre usurpe ton identité, et bien sûr tu as raison de le faire. Il est indispensable qu’à la face du monde tu proclames ainsi, haut et fort, que l’islam dénonce la barbarie. Mais c’est tout à fait insuffisant ! […] Ce problème est celui des racines du mal. D’où viennent les crimes de ce soi-disant « Etat islamique » ? Je vais te le dire, mon ami. Et cela ne va pas te faire plaisir, mais c’est mon devoir de philosophe. Les racines de ce mal qui te vole aujourd’hui ton visage sont en toi-même, le monstre est sorti de ton propre ventre – et il en surgira autant d’autres monstres pires encore que celui-ci tant que tu tarderas à admettre ta maladie, pour attaquer enfin cette racine du mal !»

Le Coran, s’il contient des sourates pacifiques, contient aussi des appels au meurtre des non-musulmans.

Ce serait donc du relativisme culturel que d’affirmer que toutes les civilisations et religions se valent de ce point de vue. Ne pas voir l’impact sur les mentalités de prescriptions violentes non régulées par une interprétation faisant autorité, c’est s’exposer à être aveugle sur la réelle nature de la menace qui nous entoure. Et ne pas rendre service aux musulmans engagés dans ce courageux travail de lucidité !

«Une chose est vraie, poursuit le pape, je crois qu’il y a presque toujours dans toutes les religions un petit groupe de fondamentalistes. Nous en avons».

Il faudrait interroger le pape pour savoir quels sont les «fondamentalistes catholiques» qui pourraient légitimement être comparés aux bourreaux de l’Etat islamique, quels sont ceux qui égorgent des imams dans une mosquée au nom de la foi chrétienne…

Le message du Christ – et plus encore l’exemple qu’Il a donné sur la Croix – montre que la violence est désarmée par celui-là même qui accepte d’en porter par amour tout le joug. Comme l’a montré René Girard, le christianisme brise le cercle vicieux de la violence mimétique car il propose non une riposte à l’identique (ce qui était déjà un progrès) mais une offrande de soi par amour pour la conversion des persécuteurs: «Père, pardonne-leur, ils ne savent pas ce qu’ils font !».

Voilà comment la violence est régie par le catholicisme: appel à l’extirpation intérieure de toute forme de violence par la conversion du cœur et encadrement de l’usage de la force à des strictes fins de défense des plus faibles. À aucun endroit, on ne trouvera de légitimation de la violence à des fins de domination religieuse ou de conversion. Pour la simple et bonne raison que la conversion recherchée est celle du cœur et non une adhésion formelle et extérieure.

C’est pourquoi, on ne peut mettre sur le même plan, la « violence catholique » et la « violence islamiste », sauf à vouloir miner le travail de réflexion sur cette dernière, entamé par des élites musulmanes elles-mêmes.

Par ses déclarations à l’emporte-pièce, le Pape François a succombé aux sirènes d’un mal idéologique considérable: celui qui consiste à tout relativiser, à affirmer que toutes les idées, toutes les opinions, toutes les cultures, toutes les religions, toutes les civilisations, se valent et qu’il faut donc s’interdire un quelconque jugement de valeur concernant l’une d’entre elles.

Si tout se vaut, alors rien ne vaut…

Le Pape François me fait penser à ce (mauvais) avocat qui plaidait (mal) pour son client: « Certes, il a fait du trafic de drogue, mais ce n’est rien comparé aux barons des narcos au Brésil…et il y a bien des banques qui mettent des gens à la rue, c’est tout aussi criminel ! (sic) »

Comparaison n’est pas raison…et le relativisme empêche la prise de conscience; par la même il ne peut conduire qu’au statu quo, et à l’immobilisme.

Or c’est de mouvement dont notre société a cruellement besoin.

De renaissance intellectuelle et spirituelle.

Peut-elle exister en s’affranchissant d’un devoir de vérité, au nom du « politiquement correct » et du « relativisme »?

Je ne le pense pas.

Le Pape vit dans le monde des Bisounours.

Il serait grand temps qu’il atterrisse.

  1. Certes, de nos jours elle s’est heureusement calmée (pour l’instant), mais ce texte oublie complètement la violence des chrétiens de l’époque des Croisades, tout-à-fait comparable à celle des intégristes islamistes d’aujourd’hui.

    Line Yoble 2 août 2016 à 15 h 31 min Permalink
  2. Les croisades furent d’abord une entreprise de légitime défense destinée à permettre aux pèlerins persécutés par les turcs seldjoukides d’accéder aux lieux saints de Jérusalem, notamment au Saint-Sépulcre.
    En tout état de cause on ne compare pas les époques ni les violences : quel rapport y a t’il entre un prêtre inquisiteur du Moyen-Age et le Père Jacques Hamel ? Entre l’armée de Saladdin et les musulmans actuels ?
    Le fait que des violences aient été commises par les chrétiens de l’époque des Croisades, ne cautionne pas la violence actuelle des intégristes islamistes d’aujourd’hui.
    On ne cautionne pas le présent par le passé, et on ne renvoie personne aux violences de ses ancêtres…
    Relativisme là encore: « ah ben vous ne pouvez pas critiquer aujourd’hui les islamistes, ni vous dire moins violents qu’eux, parce qu’il y a six siècles, vos ancêtres… »
    Nous sommes en 2016. Tous. (bon, sauf ceux qui ont adopté un autre calendrier). Dire « ma religion est plus récente, elle en est encore à son moyen-âge » n’est pas une excuse pour en refuser l’évolution ni la réformation.

    souslarobe 2 août 2016 à 15 h 44 min Permalink
  3. On trouve dans les textes religieux, la Bible comme le Coran, le meilleur et le pire. Interprétons les textes religieux dans le sens du meilleur de la vraie vie de notre temps. Je puis trouver dans le Coran des versets qui condamnent ce que fait Daesh et dans la bible des passages qui appellent à l’esclavage et à l’oppression des femmes.
    Il ne suffit pas de lire un livre, il faut avoir un cerveau et un minimum de bon sens.

    Maître Corbeau 2 août 2016 à 16 h 04 min Permalink
    • Là est le souci: dans le catholicisme il y a une personne qui fait autorité, le Pape, et une organisation (évêques, prêtres) qui peut venir vous dire que la lapidation ou les violences présentes dans la Bible, ne correspondent plus à notre époque et doivent donc ne pas être prises « au pied de la lettre ».
      En Islam point de clergé…donc personne qui puisse faire autorité et soit suivie par un nombre significatif de musulmans pour interpréter le Coran.
      C’est précisément la raison pour laquelle des personnalités musulmanes dont Tareq Oubrou, appellent à une refondation, à un « toilettage » des textes,une re-formulation, un droit canon qui sorte de la charia…
      Il faut les y encourager plutôt que de se contenter de leur dire « tout se vaut, les cathos ont aussi leurs violents, donc ne changez rien, il n’y a aucun problème en Islam ! »

      souslarobe 2 août 2016 à 16 h 26 min Permalink
  4. Je ne cautionne nullement les violences d’aujourd’hui par celles d’hier.
    Ce que je dis, c’est que n’importe quel fou d’un dieu quelconque est capable de commettre des atrocités au nom de ce dieu, quelle que soit l’époque.
    Et si aujourd’hui, c’est l’islam dévoyé qui est en cause, rien ne dit qu’au siècle prochain ou même plus tôt, ce ne seront pas des chrétiens mabouls qui agiront de même. Il en existe déjà, ils se retiennent pour l’instant (l’ordre et la loi les freinent encore), mais rien ne dit que ça durera, tellement notre société se délite.
    Ces foutues religions, inventées par les hommes pour asservir les hommes, sont des catastrophes.
    Cela dit, je reconnais bien évidemment que le parallèle du pape avec les violences domestiques est plus que maladroite, elle est complètement à côté de la plaque.
    Et puis la violence abjecte n’est pas que physique, elle peut être aussi morale. Et de ce côté, certains de nos curetons savent y faire.

    Line Yoble 2 août 2016 à 16 h 05 min Permalink
  5. Bonjour, il ne renvoie pas dos à dos catholiques et musulmans, il revient sur le fait que l’étiquette que l’on porte n’est pas le problème que c’est le contenu de ce que l’on vit. Se dire catholique et partir en croisade ou brûler un hérétique : ce n’est pas être catholique. Se dire musulman et décapiter, violer, tuer et mépriser : ce n’est pas être musulman. La religion (au moins monothéiste) est une élévation, une transcendance de l’Homme. Je trouve au contraire que le propos du pape François est vrai, profond, réel. La manière dont il est rapporté, par extrait, est plus un problème mais c’est un problème constant.

    Phil 24 août 2016 à 15 h 11 min Permalink

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