Lutte contre le terrorisme: Décorons Forrest Gump !

24 juillet 0 Commentaire Catégorie: Non classé

Au début, j’ai cru à un énième « fake ».

J’en étais à maudire ceux qui par anti-hollandisme/socialisme/parlementarisme aigü, rivalisaient de machination outrancière pour nous faire croire que ce gouvernement, sitôt le fond atteint, avait commencé à creuser.

 Mais vérification faite, c’est hélas vrai.

Par décret numéro 2016-946 en date du 12 juillet 2016, publié au journal officiel le 13 juillet 2016 soit la veille de l’attentat de Nice, Le Président de la République, Sur le rapport du Premier ministre, et après avis du Grand Chancelier de la Légion d’Honneur –excusez du peu !- a avalisé une idée effarante.

« qui dit terrorisme, dit guerre. Or qui dit guerre, dit médailles. Nous allons donc créer la…médaille nationale de reconnaissance aux victimes du terrorisme ! »

 Si, comme je vous l’écris.

 Les sceptiques peuvent toujours consulter le décret en question, et je les encourage d’ailleurs à le faire:

 https://www.legifrance.gouv.fr/affichTexte.do?cidTexte=JORFTEXT000032887156&categorieLien=id

Quand j’ai lu « reconnaissance », j’ai immédiatement pensé à l’acception de ce terme qui consiste à donner un signe distinctif. Il faudrait donc reconnaître les personnes victimes de terrorisme dans la rue. Pour qu’elles disent aux terroristes : « merci de ne pas me viser à nouveau, j’ai déjà donné » ? Pour dire à des concitoyens: « regardez, j’ai été victime, j’ai un statut à part, je mérite votre commisération ? » Pour avoir droit à une place assise dans les transports en commun, un coupe-file dans les cinémas et les parcs d’attraction ?

Puis j’ai mieux lu le décret et je me suis aperçu qu’il s’agissait non pas d’une reconnaissance des, mais AUX victimes du terrorisme.

 Il s’agit donc de la reconnaissance-hommage comme l’indique la notice du décret en préambule, repris en son article 1:

  »le décret crée une médaille nationale de reconnaissance aux victimes du terrorisme destinée à manifester l’hommage de la Nation aux victimes d’actes terroristes commis sur le territoire national ou à l’étranger au bénéfice des Français tués, blessés ou séquestrés lors d’actes terroristes commis sur le territoire national ou à l’étranger et aux étrangers tués, blessés ou séquestrés lors d’actes terroristes commis sur le territoire national ou à l’étranger contre les intérêts de la République française.  »

De l’hommage à la gratitude, il n’y a qu’un pas. La reconnaissance serait donc, dans cette acception, le « sentiment qui incite à se considérer comme redevable envers la personne de qui on a reçu un bienfait.

En quoi la Nation devrait-elle témoigner sa reconnaissance à des personnes dont le seul « mérite » dont elles se seraient volontiers passé, aura été se trouver au mauvais endroit, au mauvais moment ?

Quel est le « bienfait », l’acte héroïque,  que l’on pourrait tirer du fait d’avoir été victime de terroristes ?

Les victimes elles-mêmes réclament-elles des médailles ? Ou tout simplement des soins de qualité, un réel accompagnement psychologique, une aide pour leurs conjoint et  enfants survivants, une indemnisation rapide, et pas un parcours du combattant administratif ?

Une pétition circule actuellement, pour solliciter que soient décorés de l’Ordre de la Légion d’Honneur, les héros qui ont tenté d’arrêter le terroriste de Nice.

 Mais dans leur cas il y a un acte positif : celui d’avoir tenté fut-ce en vain, au péril de sa vie, d’empêcher un massacre.

 Françoise Rudetzki est Commandeur de l’Ordre de la Légion d’Honneur et de l’Ordre National du Mérite.

 Elle a reçu l’hommage et la reconnaissance de la République pour avoir créé en 1986 l’association SOS Attentats dont le but était de venir en aide aux victimes et d’agir comme lobby auprès des autorités politiques françaises. Pour être à l’initiative de la création du Fonds de garantie des victimes d’actes de terrorisme et autres infractions.  Pour avoir obtenu en 1990 le statut de victimes civiles de guerre pour toutes les victimes du terrorisme et les otages. Pour avoir été reçue à plusieurs reprises à l’ONU et être une militante inlassable des droits européens et internationaux des victimes du terrorisme.

Je ne pense pas qu’elle aurait apprécié recevoir une médaille uniquement pour avoir été victime d’un attentat et s’être trouvée au restaurant le Grand Véfour le 23 décembre 1983 quand une bombe y a explosé, la laissant infirme.

Mais maintenant, le hasard se décore. On honore Forrest Gump, celui qui se trouve au cœur des événements malgré lui. Symbole terrible d’une république démissionnaire qui n’a plus que des pleurs et des fleurs à opposer à ceux qui l’attaquent.

Surtout, « de minimis non curat praetor »: qu’au plus haut sommet de l’Etat, on prévoie une telle médaille, c’est comme si, tout doucement, nos dirigeants admettaient que des victimes du terrorisme, il allait y en avoir de plus en plus. Et qu’il faut nous y préparer. Que face à une violence aveugle qui touche en priorité des civils innocents, les occasions d’actes de bravoure seront rares. Et que dans cette guerre asymétrique, faute de pouvoir honorer un soldat qui aurait pris d’assaut un pont, une position ennemie, en faisant preuve d’un courage et d’un héroïsme admirable, il ne nous reste plus à honorer, que l’homme de la rue, écrasé par un camion alors qu’il se trouvait à regarder, en famille, un feu d’artifice, ou fusillé lors d’un concert au Bataclan, ou assassiné alors qu’il prenait un verre sur une terrasse.

Après tout, on donne bien un bout de papier pompeusement baptisé « diplôme du Baccalauréat », à près de neuf lycéens sur dix, pour faire croire à certains qu’ils sont doués pour les études et qu’ils méritent leur « mansion »; alors pourquoi pas une médaille de la Nation reconnaissante à celui qui par malchance s’est retrouvé au mauvais endroit, au mauvais moment ? La République s’est trouvée, avec la médaille nationale de reconnaissance des victimes du terrorisme, un nouveau hochet…qui suscitera l’indifférence des personnes concernées.

Qui donc tirera une fierté du fait d’avoir été de Charlie Hebdo, du Bataclan, de la Promenade des Anglais ?

En revanche, des victimes ou leurs familles envisagent de porter plainte contre l’Etat-décorateur si peu protecteur.

 Mais le principe n’était pas suffisant. Il fallait ajouter le ridicule à l’indécent. Il a donc été prévu que cette médaille représenterait…une fleur.

L’article 5 du décret précise :

« Les insignes correspondant à la médaille nationale de reconnaissance aux victimes du terrorisme répondent à la description suivante :

L’avers est une fleur à cinq pétales marqués de raies blanches pour rappeler la couleur du ruban et chargée de cinq épis de feuilles d’olivier pour symboliser la valeur de la paix au sein de la République. Au centre, une médaille couleur argent bordée de bleu, avec l’inscription « REPUBLIQUE FRANÇAISE » et, au cœur, la statue de la place de la République à Paris.
Le revers est une fleur à cinq pétales marqués de raies blanches pour rappeler la couleur du ruban, et chargée de cinq épis de feuilles d’olivier pour symboliser la valeur de la paix au sein de la République.

Au centre, une médaille bordée de bleu, chargée de la devise « LIBERTE – EGALITE – FRATERNITE » et au cœur, deux drapeaux français croisés.
Le ruban blanc mesure 4 cm de large. »

Il y a donc eu, quelque part, dans ce pays, quelqu’un qui a eu cette idée grand-guignolesque.

Quelqu’un qui a dit « on va donner une médaille aux victimes de terrorisme ou à leur famille s’ils sont morts; et la médaille sera en forme de fleur, avec des symboles de paix. »

Et il ne s’est trouvé personne, absolument personne, pour le freiner et dire qu’il s’agissait là d’une connerie incommensurable.

Même pas un Grand Chancelier de la Légion d’Honneur qui a donné un avis favorable.

Pas même un Premier Ministre qui l’a proposé au Président, ni un Président de la République qui a signé le décret créant cette clownerie.

Notre société est bien malade.

Incapable d’exprimer une compassion authentique et digne, et réduite à distribuer les médailles aux victimes qu’elle n’a pas su protéger.

A propos de fleur…il me revient à la mémoire, un dessin de Cabu. Ce dessin représentait la France et l’Allemagne. Sur le territoire allemand, il y avait un hippie, avec guitare, chemise à fleurs, cheveux longs, les bras levés en signe d’accueil, très « peace and love ». Et du côté français, Cabu avait dessiné « son » Beauf, personnage fétiche, armé d’un fusil de chasse, qui disait « maintenant, on peut lui casser la gueule ! »

Remplacez le Beauf par un terroriste, le gentil pacifiste par…eh oui, nous. Et vous aurez la situation actuelle.

Nous mourrons peut-être, mais nous mourrons fiers: avec une médaille en forme de jolie fleur, sur notre cercueil. Signe de « reconnaissance » d’une nation déliquescente, qui n’a toujours pas compris que la guerre ne se gagne pas en mourant pour (ou à cause de sa patrie) – a fortiori par inadvertance, sans avoir eu la possibilité de se défendre, à cause de la lâcheté d’un attentat de l’ennemi. La guerre se gagne en faisant en sorte, que ce soit l’autre qui meure, plutôt que soi.

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