Confidences sur l’Aurier

15 février 0 Commentaire Catégorie: Non classé

« Fiotte », aujourd’hui. « enculé, t’as qu’à la faire tout seul ton équipe de merde » hier. « sac à merde » avant-hier. Serge Aurier se situe au niveau du verbe fleuri, dans la même lignée que ses « glorieux » aînés Nicolas Anelka et Eric Cantona.

Comme à chaque fois que de tels propos nous sont révélés, les braves gens (médias, commentateurs sportifs, politiques, membres de la fédération de Football en tête) poussent des cris d’orfraie et se bouchent le nez en feignant de découvrir que, mon Dieu, décidément ces footballeurs sont sans éducation, mal ou pas élevés, grossiers, bêtes comme leurs pieds.

Toutefois, réduire les insultes à un sport, ou à quelques personnalités mal dégrossies en son sein, conduit à commettre une triple erreur d’appréciation.

1) ce genre d’attitude n’est pas propre au football

 Ainsi au mois d’août dernier, en tennis, Nick Kyrgios se permettait-il de sortir à Stanislas Wawrinka en plein match à Montréal: « «Kokkinakis a b… ta copine mec, désolé de te le dire.» Classe…

Qui se souvient également qu’en 2012, plusieurs membres de l’Equipe de France de Handball, oui, celle de nos experts-invincibles-indestructibles parés de toutes les vertus sportives, tout auréolés de leur titre aux JO de Londres, se présentaient en interview dans un état peu lucide et ravageaient un plateau de télévision ?

Nous nous focalisons sur le football parce qu’il s’agit du sport le plus populaire, le plus pratiqué et le plus regardé. Les autres disciplines n’ont -hélas-, en ce domaine, rien à lui envier.

 2) la bêtise étant la chose la mieux partagée dans ce bas-monde, les sportifs vulgaires ne sont jamais qu’au niveau de certains de leurs supporters

 L’auteur de ces lignes en a fait l’amère expérience, pas plus tard que ce week-end. C’était au Stade de France, à l’occasion du match France/Irlande de Rugby.

 Oui, le rugby, ce sport joué par des gentlemen, que l’on va voir en famille dans une ambiance « bon enfant », sous la surveillance distraite de quelques rares CRS détendus.

J »ai passé près de deux heures, aux côtés de fous furieux qui hurlaient « enculé, pédé, taffiole, salope, fumier de tarlouze » à l’égard de l’arbitre ou de tel ou tel joueur Irlandais. Tentant  un timide « vous n’avez pas l’air d’aimer les homosexuels, vous alors », je me suis pris en retour un « bah ouais, j’aime les femmes, moi ma mère elle m’a fait normal » (‘sic)

 L’espace d’un instant, je me suis demandé si je me trouvais bien dans le pays des Droits de l’Homme, celui de la Liberté, de l’Egalité et de la Fraternité, qui venait de légaliser le Mariage pour tous.

A côté, le « fiotte » lancé par Serge Aurier pour désigner son entraîneur Laurent Blanc, ferait presque figure de mot aimable.

 3) les propos de Serge Aurier sont révélateurs de la coexistence –difficile- de deux mondes.

 « La bêtise, l’immaturité, l’irresponsabilité, mais aussi l’ignorance, l’inculture, la vulgarité : la France est malade de ses footballeurs« , a lancé le journaliste sportif et chroniqueur Pascal Praud.

 Désolé cher Pascal, mais vous vous trompez. La France est malade tout court.

Malade du fossé toujours plus béant, entre la société des bonnes manières, du respect, des codes de conduite et de bienséance et la contre-société où l’insulte est considérée presque comme une ponctuation, où l’on peut menacer de mort, de viol ou d’égorgement aussi naturellement que l’on déclarerait aller chercher le pain;  la contre-société des règlements de comptes et de la vengeance privée pour toute Justice, celle du non-respect à commencer par celui des lois, celle des trafics en tous genre et des biens de consommation « tombés du camion », de la « débrouille » et du « pas déclaré », celle où le moindre signe de faiblesse vous vaut d’être écrasé, piétiné. Celle d’un Karim Benzema s’esclaffant au téléphone auprès de son sulfureux meilleur pote d’avoir vu Mathieu Valbuena en panique, avalant deux-trois fois de travers alors qu’il évoquait avec lui un chantage à la sextape…

 Oui, ce pays est malade. Malade d’avoir laissé de côté une partie de sa population et se développer en son sein, une contre-société qui ne se reconnaît plus dans les valeurs de la République. Malade d’avoir cru ces valeurs, dont le respect, acquis une fois pour toutes et par tous. Malade de s’être cru phare de l’humanité, à force de se reposer sur ses lauriers, il a récolté des Aurier. Malade de ce choc de deux mondes aux conceptions radicalement antagonistes, coexistant plus ou moins pacifiquement sur le même territoire. Jusqu’à quand ?

Plus nous laisserons la maladie perdurer, le mal s’enkyster, plus le remède risque d’être rude. Gageons qu’il se limitera à un surcroît d’éducation. Et qu’il ne tuera pas le malade.

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