Facebook en 10 leçons

21 janvier 0 Commentaire Catégorie: Non classé

Il vient de m’arriver une chose incroyable.

J’ai reçu un mail !

Pour les personnes âgées, et plus généralement pour celles et ceux qui n’y connaissent rien aux ordinateurs (si si, y en a encore), je rappelle qu’un mail c’est un message é-lec-tro-nique ! Plus besoin de stylo, plus besoin de papier, plus besoin de poste : des personnes même qui sont à 200 000 kilomètres de vous, genre en Chine,  tapent un message sur leur ordinateur, elles écrivent votre adresse, et zou, le message passe dans des tuyaux, des satellites, des ondes ou je ne sais quoi, et il s’inscrit sur votre propre écran, en un millième de seconde, avant même que l’autre chinois ait fini de vous l’envoyer ! C’est bien, hein ?

Donc, je reçois un de ces messages magiques qu’on appelle un mail. «Benoit veut devenir votre ami».
Catastrophe ! Mais qu’est-ce que je lui ai fait ??

Parce que Benoît, c’est mon cousin. Et quand un cousin demande à devenir votre ami c’est dramatique, cela veut dire «je te renie, je t’exclus de ma famille, allez, on se quitte bons amis !»

J’en étais donc à essayer de me remémorer toutes les causes d’exclusion familiales qui auraient pu motiver la décision radicale de mon cousin à mon égard, et j’en étais arrivé au beignet que je lui avais piqué en 1984, quand je suis tombé sur la fin de la phrase. «Benoît veut devenir votre ami…sur Facebook !»
Facebook ? Qu’est que c’est encore que ce truc ? La fesse, je connais, un bouc aussi, c’est l’alliage des deux qui m’inquiète. Fessebouc, certainement un site de rencontres pour légionnaires en rut !

Mû par la curiosité, je clique sur le lien informatique qui mène à ce lieu de stupre et de débauche.

Là, première surprise, on me demande mon adresse mail !! Mais mon adresse tu la connais,comment t’aurais fait sinon pour me signaler que Benoît m’invite à faire partie du groupe des amis des chèvres ? Je redonne donc mon adresse mél (ça commence déjà à me gonfler, son truc, à Benoît). Et là on me demande un code secret. Pour que je sois le seul à pouvoir accéder au site avec mon adresse et que personne, et surtout pas ma femme, ne sache que je suis membre de l’amicale des légionnaires en rut. Ça c’est plutôt une bonne idée. Je tape donc un code : «D-O-M-I-N-I-Q-U-E» oui vous pouvez rire, c’est laborieux, je ne tape qu’avec un doigt, celui du milieu. N’empêche que je souhaite bon courage à celle ou celui qui voudra trouver mon code ! Surtout s’il ne s’appelle pas comme moi, il va ramer, c’est moi qui vous le dis !
Mot de passe trop long. Bon on va enlever Domi alors !

Croyez moi si vous voulez : ma femme a tout de suite trouvé mon code. C’est vous dire si elle me connaît bien !!
J’expérimentai ainsi mon premier commandement Facebook : «Mot de passe compliqué, tu adopteras. Sinon piqué tu seras.» Depuis mon mot de passe c’est 4473drytr_W9XOB . Ce n’est pas facile à retenir, mais au moins, maintenant, je suis tranquille ! Personne ne peut plus accéder à mon profil Facebook. Même moi.

Je tape donc mon code, et là on me demande un tas de renseignements ! Nom, prénom, adresse, profession, lycée fréquenté, date de naissance… j’ai l’impression d’être en garde à vue, il ne manque plus que la prise de mes empreintes ! On me demande même ma photo ! Moi j’ai mis une photo de Benoît, ça lui apprendra à m’inviter sur un site de chèvres. Comme ça, ni vu ni connu. Mais bon finalement j’ai tout de même mis la mienne aussi, sait on jamais, ça peut servir.

Après avoir rempli l’interrogatoire de police, j’ai accédé à MA page. Qui reprenait tout ce que j’avais écrit. Et qui me donnait un mur, lequel était déjà tagué : «Dominique a rejoint Facebook. Dominique et Benoît sont maintenant amis». Ben voilà, moi qui voulais être discret sur mon arrivée, c’est malin : maintenant toute la communauté des chèvres est au courant !!
Je connus ainsi le deuxième commandement Facebook : «quoi que tu écrives, quoi que tu feras, ne perds jamais de vue que tout le monde le saura.»

Et pour savoir, ça s’est su ! J’étais à peine inscrit que tous mes amis, membres de la communauté Facebook, ont été avertis ! Parce que l’infernale machine, agissant sournoisement dans mon dos, utilisait les informations que JE lui avais données et agissant par recoupements, avait envoyé à toutes les personnes qui avaient déclaré la même ville, le même lycée, la même profession ou la même femme que moi, une «suggestion» d’amis, du genre «Est-ce que vous connaissez ce type ?»
J’ai donc été assailli de demandes d’ajout d’amis.

Cela m’a tout de même permis de retrouver des connaissances que j’avais perdues de vue depuis des années ! Facebook c’est un peu comme «avis de recherche», l’émission de Patrick Sabatier, mais en plus jeune.
Sauf que. Les vieux copains, passée la séance de rattrapage genre «moi le dernier de la classe, ben je suis devenu trader à New York…et toi ? – moi je t’emmerde !» et l’inévitable séquence nostalgie «tu te souviens quand je t’ai fait croire à la visite médicale qu’il fallait se mettre tout nu ? Qu’est-ce qu’on a rigolé !Toi avec ta tête de fayot t’étais le souffre douleur de la classe ! Et dis, tu penses que tous nos profs sont soit grabataires, soit morts ?», eh bien on s’aperçoit très vite pourquoi on est restés si longtemps sans se voir ! Et on se rappelle qu’on les avait fuis, en fait.

Ce qui me donne l’occasion de vous délivrer le troisième commandement facebook : «tes amis, avec soin tu choisiras. Sinon boulets tu retrouveras.»

Non, Facebook, c’est formidable. A propos d’amis on a les siens, mais on peut aussi aller voir ceux des autres. Mon cousin Benoît, le pauvre, il n’en a que trois : Ulla, grosseins (j’espere pour elles que ce sont des pseudos !) et donc…moi.
Voici dès lors le quatrième commandement : «quand sur Facebook tes amis tu auras, rappelle-toi, petit scarabée, qu’avec les amis de tes amis, tu voisineras».

Alors moi, pour compenser le voisinage des amis de mon cousin, je suis entré dans la grande compétition Facebook : savoir, la course à celui ou celle qui aura le plus d’amis. Parce que sur Facebook, plus tu as des gogos qui veulent bien être ami avec toi, plus t’as de l’importance !

Mais comme je n’ai pas beaucoup d’amis, j’ai triché. J’ai demandé en amis toutes les personnalités, les acteurs les chanteurs les politiques ! Et vu que eux ils font la course à celui qui aura le plus de fans, vous pensez bien qu’ils ont tous accepté d’être mon ami ! Avez-vous déjà vu un homme politique refuser un électeur potentiel ? J’imagine qu’ils se sont dit «c’est qui ce Dom» ? Et que leur conseiller en com’ a répondu «mais on s’en fout qui c’est ce naze, c’est un ami de plus, c’est celui qui vous permet de dépasser le Premier Ministre en popularité Facebook !!»

Sauf que les politiques, ce sont de drôles d’amis. Vous avez beau leur écrire, ils ne vous répondent JAMAIS ! «dis mon ami Manuel, tu penses pas que ton débat sur la déchéance de nationalité, il sent mauvais?» pas de réponse. Et en plus ma question sur son mur a même été effacée !

En revanche pour envoyer son agenda, ses discours, me dire qu’il a fait ci, qu’il est passé là, comme si j’étais sa mère et que je devais le suivre avec un GPS, là, l’homme politique, il écrit !!

De toute façon il paraît que ce n’est même pas lui qui lit ni qui écrit, c’est quelqu’un qui est payé pour faire croire que c’est lui. Si ça se trouve, François, c’est pas lui qui sort avec Julie ! Non, c’est un sosie qui est payé pour ça ! François, si tu m’entends, moi je veux bien te faire ça gratos !
Cinquième commandement Facebook : «si ami de stars tu es, trop t’emballer tu éviteras, tu les connais mais eux ne te connaissent pas !»

Eh oui, car Facebook, c’est pas comme dans la vraie vie. Sur Facebook, tout le monde est ami. Virtuel certes, mais ami quand même. Tiens d’ailleurs il devrait avoir d’autres cases qu’amis, genre «famille», ou «ennemis», pour y mettre les gens que tu ne peux pas piffrer. Au moins ce serait plus conforme à la réalité ! Surtout la case famille, parce que paradoxalement, Facebook qui ne connaît que l’amitié, ce n’est pas big friend, mais ce serait plutôt …big brother. Tout ce que tu aimes, tes goûts, ton métier, tout ce que tu fais, que tu manges, que tu vas dormir, que tu pisses, que tu trompes ta femme, surtout ne l’écris pas, parce qu’alors Facebook le saura. Et Facebook c’est un milliard d’individus derrière leur écran, qui le sauront aussi !! Et même si toi, tu n’écris rien, tu ne dis rien, tu ne mets même pas de photo de toi, eh bien ce que tu fais, Facebook le saura quand même ! Par tes amis !! Qui se feront un plaisir de diffuser une photo de ta dernière cuite, quand tu avais 16 ans ! Sympa, quand tu cherches un boulot… ou une photo de toi dans la piscine de ta villa…sympa quand tu es poursuivi par tes créanciers…ou une photo de toi avec tes ex…sympa quand t’es marié…merci les copains…

Vraiment, rendons grâces à Facebook qui a rétabli un service public supprimé il y a plus de soixante-dix ans. Je veux parler de la Kommandantur. C’est avec Facebook qu’on se rend compte que les petits-enfants ont quand même quelque chose de leurs grands-parents. Aujourd’hui encore, on dénonce les voisins et on ne le fait même plus anonymement ! Non, au grand jour, avec fierté, sur Facebook ! Oui, moi aussi j’avais un passé inavouable de pervers- dragueur en série que je croyais bien enfoui, et mes amis, ces traitres, m’ont dénoncé publiquement, sur mon propre mur !
Sixième commandement de Facebook : «sur ta vie, tes amis, tes amours, tes emmerdes, et SURTOUT, sur ceux des autres, une TOTALE discrétion tu conserveras.»

Big brother, je vous dis. Mais pire encore car Facebook ne fait pas que de vous surveiller. Il vous donne des ordres ! Tous les matins, quand je me connecte, j’ai droit dans une colonne en haut à droite, à une photo d’un membre prise au hasard dans ma liste d’amis, avec une instruction : «dites-lui bonjour». «écrivez sur son mur».
Et même une fois, j’ai eu «Philippe Seguin- demandez de ses nouvelles.»
Oui, euh, Philippe, salut, je t’écris, c’est pas moi qui ai eu l’idée, hein, c’est Facebook qui me demande…alors Philippe, comment ça va ? Toujours euh…toujours mort ?
Septième commandement de Facebook : «au grand ordinateur, d’obéir parfois tu éviteras.»

Mais le mieux je vais vous dire, sur Facebook, ça reste encore les groupes rigolos. «J’aime la saucisse de Morteaux.» (si, si, ça existe !) «avant, le courant passait mal entre les jeunes et la police, puis le taser est arrivé !», «je ne suis pas le père de l’enfant de Rachida Dati», «pour échanger Ingrid Betancourt contre Segolene Royal» (c’est trop tard, hélas !) , «Charles Pasqua est innocent, quoi qu’il ait fait»…

Alors moi pour ne pas être en reste, j’ai rejoint un groupe «contre les pères Noel sur les balcons». Oui, ça me gonfle les pères Noel je trouve que sur un balcon ça fait kéké. Alors j’ai adhéré au groupe, et j’ai même écrit une contribution : «ils me foutent la gerbe, je pense qu’il faut tous les virer !»
Et puis, l’administrateur du groupe, qui est un grand facétieux, nous a tous bien eus. Quand il a attrapé 3 000 fans, il a changé le nom du groupe. De «contre les Père Noel sur les balcons», c’est devenu «la France aux français, les étrangers dehors.» avec une photo de Philippe de Villiers (si si c’est vrai)
Et là y a comme un problème : car si le nom du groupe change, les fans du groupe, eux, deviennent automatiquement fans du groupe avec le nouveau nom ! J’étais venu contre les père Noel et me voilà fan de «les étrangers dehors.» et mon message, sur le groupe, il est resté aussi ! «ils me foutent la gerbe, je pense qu’il faut tous les virer». Le message, avec mon nom en face !! Et t’as beau protester, le type, là, l’administrateur, il se marre mais il ne t’efface pas !!
Huitième commandement de Facebook : «des groupes rigolos, comme de la peste, tu te méfieras»

Que voulez-vous, sur Facebook, tout est conçu pour pouvoir s’exprimer. C’est à croire que les gens, ils ne parlent pas chez eux ni au boulot, et qu’ils ont un BESOIN irrépressible, d’étaler à tout le monde ce qu’ils pensent, ce qu’ils font…mais de toi bonhomme, de ton avis et de ta pauvre petite vie de M…, le monde, il s’en fout !!!
Facebook, c’est Narcisse à son paroxysme : y a-t-il des gens qui m’aiment autant que moi, je m’aime ? Qui vont bien vouloir être mes amis ? Qui vont lire tout ce que j’écris et se délecter de mes pensées ? Qui vont partager les fichiers rigolos, les infos que j’aurai trouvées, et qui vont les diffuser avec mon nom dessus ? Je m’exprime, donc, je SUIS !
Et ma jouissance sera proportionnelle au nombre de réactions à mon statut ou à mes posts partagés. C’est la course à celui qui suscitera le plus de clics «j’aime», ou mieux encore, de commentaires !!

Ah parlez m’en de cette belle idée que voilà. Un ami écrit «je vais dormir», vous avez le malheur de cliquer «j’aime» juste en dessous de son statut, juste parce que vous aussi vous en avez envie, et vous voilà ensuite averti par Facebook de toutes les réactions des autres internautes à ce statut ! Et quand c’est Sarkozy ou Obama qui a écrit qu’il est parti dormir, là je vous dis pas, le nombre de réactions frôle le million !
Ce qui nous conduit tout droit à notre neuvième commandement de Facebook : «de tout commenter à tort et à travers, tu t’abstiendras»

Vous aurez tous compris, que je suis to-ta-le-ment accro à Facebook. Depuis Facebook, ma vie a changé : j’ai des tas de nouveaux amis, j’en ai retrouvé des anciens, et je n’arrête pas de chatter, de commenter, de partager des fichiers, de diffuser des articles…il ne vous aura pas échappé que je suis devenu un véritable obsédé textuel. Mais vous aussi, parce que cela fait maintenant 10 minutes que vous me lisez…

Alors avant de quitter ce site (si, vous pouvez, vous devez le faire !) et reprendre une activité normale, jusqu’à votre prochaine connexion, disons d’ici une minute, une minute trente, laissez-moi vous adresser pour la route un dixième et dernier commandement de Facebook : «de faire sourire tes amis, toujours tu essaieras !»

Tout bientôt, si vous êtes sages, je vous parlerai du Facebook des jeunes. Cela s’appelle twitter. Du terme gazouiller, en anglais. Car cela nous vient des anglo-saxons, comme le mauvais temps et la plupart de nos malheurs. Mais en fait de gazouillis, l’oiseau bleu se ferait plutôt rapace.  A suivre, donc.

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