Allons, enfants de l’apatride

6 janvier Un Commentaire Catégorie: Non classé

La précipitation est mauvaise conseillère. L’on  ne légifère pas « à chaud », sous le coup de l’émotion, sauf à s’appeler Nicolas Sarkozy dont l’on retiendra qu’il fut Monsieur « un fait divers égale un projet de Loi »

 François Hollande est en train de l’apprendre à ses dépens.

 Les victimes des attentats du 13 novembre pas même encore toutes identifiées, le Président convoquait le Congrès à Versailles, pour annoncer que la France était en guerre et que pour la mener, il s’orientait vers, notamment, la déchéance de la nationalité française pour les auteurs binationaux d’attentats.

 L’extrême droite a immédiatement salué cette idée, en revendiquant sa paternité ce qui démontre déjà en soi combien elle est mauvaise.

 Depuis, François Hollande n’ose plus reculer.

 Car la parole du Chef de l’Etat l’engage, a fortiori lorsque celle-ci est prononcée devant l’ensemble des parlementaires, représentant la Nation tout entière.

Mais notre Président s’honorerait à laisser de côté les considérations politiciennes sur son image et sa crédibilité suite à ce qui serait analysé comme une reculade, une renonciation, ou un reniement.

 Car mieux vaut passer pour celui qui a fait demi-tour devant le mur que pour celui qui s’y est encastré en klaxonnant, la tête et les yeux vers l’horizon de 2017 ne regardant plus la route.

 Cette idée de déchéance de nationalité ne représente pas autre chose qu’une impasse.

La déchéance de nationalité est inutile, contre-productive, contraire aux valeurs universelles des droits de l’Homme, et enfin, absurde.

 

Elle est inutile, en ce qu’elle ne dissuadera jamais un fou de se kamikazer ou de perpétrer un massacre. Inutile de développer davantage; tous, même les plus farouches partisans de cette idée dingue, en conviennent.

 

Elle est contre-productive, en ce qu’elle vient renforcer le discours des recruteurs de ces âmes perdues, sur la France qui les rejette et la grande famille du Djihad qui leur ouvre les bras. Lorsqu’il s’agit d’envoyer des jeunes d’à peine 20 ans mourir en martyr à Falloujah ou ailleurs, le discours tenu est simplissime mais d’une redoutable efficacité : « en France, tu ne te sens pas chez toi car tu seras toujours rejeté, l’émigré, l’étranger. Dans le pays d’origine de tes parents, tu ne te sens pas chez toi parce que tu seras toujours considéré comme celui qui vit en France, donc un privilégié. On te fera payer les produits et les services, deux fois leur prix. On te traitera de « Bounty », cette barre chocolatée que l’on dira à ton image: « noir à l’extérieur, mais blanc à l’intérieur ». Ta seule vraie famille, c’est la communauté des Croyants, les millions de musulmans, tes frères, à travers le Monde. Or regarde ce que l’occident fait à tes frères. Vas-tu les laisser se faire opprimer en Palestine, massacrer en Syrie, torturer et humilier en Irak, sans réagir ? »

 Nul n’est besoin d’y rajouter une ligne supplémentaire: « la France t’a élevé, nourri en son sein, a fait de toi l’un de ses enfants, puis t’a rejeté. »

 

La déchéance de nationalité est contraire aux valeurs universelles des Droits de l’Homme.

L’article 15 de la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme dispose que: « 1. Tout individu a droit à une nationalité. 2. Nul ne peut être arbitrairement privé de sa nationalité, ni du droit de changer de nationalité. »

 Le terme « arbitrairement » figurant au point 2, ouvre la porte à une possibilité de priver un individu de sa nationalité, du moment que cela ne soit pas arbitraire, donc à l’issue d’une procédure respectueuse de ses droits et à l’occasion de laquelle il aurait loyalement la possibilité de se défendre. Et le point 1 présupposant que tout individu a droit à une nationalité, la déchéance de nationalité serait ainsi, réservée aux plurinationaux, du moment que la perte d’une nationalité ne les conduit pas à perdre toute nationalité.

 Sauf que.

Prévoir une peine complémentaire de déchéance de nationalité française pour les seuls binationaux qui se seraient montrés auteurs ou complices d’atteintes graves contre la Nation, conduirait ipso facto à contrevenir à un autre de nos principes essentiels: celui de l’égalité des citoyens devant la Loi.

« Tous les Hommes Naissent libres et égaux en droits ». (Déclaration Universelle des Droits de l’Homme, article 7) Cela ne lui dit donc rien, à François Hollande ?

Ainsi y aurait-il des citoyens de seconde zone, moins protégés que les autres, puisqu’à crime égal, ils encourraient une sanction supplémentaire, qui leur serait spécifique.

 De cela, nos déchéanciers s’en sont aperçus. En ont-ils pour autant renoncé à ce projet aussi stupide que dangereux ? Que nenni !

« Bon sang, mais c’est bien sûr ! Si le réserver aux seuls binationaux conduit à violer le principe de l’égalité des citoyens devant la Loi…alors il n’y aura qu’à l’étendre à tous les Français ! »

Le résultat de cette fuite en avant ? Ouvrir la possibilité à ce que des individus n’ayant que la nationalité française, en soient privés…cette fois, en violation de l’article 15 de la déclaration universelle des Droits de l’Homme, en son article 15: « tout individu a droit à une nationalité »…

 Et voici comment l’on remplace une violation d’un principe fondamental, par la violation d’un principe tout aussi fondamental…

 

La France est-elle toujours la Patrie, le berceau, des Droits de l’Homme ?

 

La déchéance de la nationalité est enfin, triplement absurde.

 Absurde en ce qu’elle est prévue comme peine « complémentaire » qui serait infligée après condamnation et même, une fois la peine d’emprisonnement purgée. Ce qui, en matière d’actes de terrorisme, faisant encourir des condamnations lourdes, conduirait à ce que la première mesure de déchéance de nationalité soit prononcée, au minimum, dans une vingtaine d’années si ce n’est davantage.

 La déchéance de nationalité viendrait ainsi insulter l’avenir, en laissant un prisonnier dans l’incertitude de son appartenance future à la communauté nationale, fut-il entretemps repentant et repenti, dé-radicalisé, et avide de réinsertion.

 Elle viendrait de surcroît rajouter inutilement du sel sur les plaies. Imaginons dans vingt ans, dans trente ans, une France apaisée, qui aurait alors à connaître d’une telle mesure. Il y a tout de même plus consensuel pour « tourner la page » et privilégier le vivre ensemble…

 

Absurde en ce qu’elle conduira  nécessairement la France à devoir gérer le cas des djihadistes bi-nationaux qui se seront fait retirer leur autre nationalité. devra t’on également leur retirer la dernière nationalité qui leur restera, en l’occurrence la nationalité française, pour en faire des apatrides ?

Déjà en Algérie, des voix s’élèvent pour demander au nom du principe de réciprocité, la déchéance de nationalité algérienne des djihadistes bi-nationaux nés en France. Avec des mots très durs, il nous est signifié que l’Algérie n’acceptera jamais d’être la « poubelle citoyenne » de Français, nés en France, éduqués en France, élevés au biberon des valeurs de la République Française, puis rejetés par cette même France.

La France est appelée à assumer tous ses enfants, « qu’ils s’appellent Zidane, Benzema, Merah ou Kouachi, pour le meilleur et pour le pire. Ses champions, et ses terroristes. »

Que répondre à ce raisonnement frappé du coin du bon sens ?

 Absurde enfin, en ce qu’elle se révèlera source de problèmes juridiques inextricables. Imaginons un couple de terroristes français. Jugés, condamnés, à l’issue de leur peine, les voilà déchus de leur nationalité française. Ils conçoivent un enfant, qui naît dans un pays ne reconnaissant pas le droit du sol. Ce petit être qui n’a rien demandé, pas même à naître de parents apatrides, quelle sera sa nationalité ? Il ne pourra pas être français, ni par son père ni par sa mère, lesquels ne sauraient transmettre ce dont ils ont été eux-mêmes privés. Ou alors ce serait n’y plus rien comprendre au Droit ni à la logique. Il ne pourra pas davantage être reconnu citoyen du pays de son lieu de naissance, qui ne reconnaît que le droit du sang, et dont ses parents n’ont pas la nationalité. L’on en fera donc un…apatride. On le privera d’un droit fondamental de tout être humain, celui d’avoir une nationalité. On le punira dès sa naissance, du crime de ses parents. Que deviendra t’-il ?

 

 Ces considérations sont d’autant plus tragiques, que « là-bas », pas si loin de nous, vers l’Orient, se constitue  sur un vaste territoire, un état qui se revendique comme tel. Il s’appelle l’Etat Islamique. Et il attend nos apatrides et nos déchus, à bras ouverts.

En coupant le dernier fil, aussi ténu soit-il, qui relie nos enfants égarés, à la communauté nationale, nous accélèrerons notre propre déchéance. Celle d’un pays malade. Qui se soigne exclusivement  à coups d’antibiotiques de marques « Repli sur soi »et « Rejet de l’Autre ». Qui certes luttent contre les « mauvais » éléments, mais éliminent également, sans distinction, les bons, ceux qui participent à la constitution de ses défenses immunitaires.  Privée ainsi de ses « bons microbes », pour la France, ce sera la déchéance.  De la nation alitée.

Une réponse

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  1. Exactement.

    Athénuation IV 12 janvier 2016 à 21 h 57 min Permalink

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