Astérix en Corse

20 juin 5 Commentaires Catégorie: Non classé

Prunelli di Fiumorbu est une charmante bourgade de 3400 âmes, située comme son nom l’indique, en haute-corse.

 Elle bénéficie d’une école bilingue français-corse.

 Apprendre le Corse en sus du Français, constitue une chance pour les élèves, et l’on ne peut que louer l’esprit d’ouverture de ceux-ci, de leurs enseignants et des parents, que de préserver une langue, une culture, un patrimoine, des racines. Surtout à l’heure d’une hégémonie de l’anglais.

Persuadées que des parents confiant leurs chères têtes blondes (et brunes) à une école bilingue sont nécessairement à la pointe de l’humanisme et de l’ouverture aux autres, des enseignantes de ladite école ont eu une belle idée pour la kermesse de fin d’année: le projet de faire chanter aux enfants en cinq langues, le tube « Imagine » de John Lennon.

 Sauf que. Parmi ces cinq langues, il y a l’arabe. Et cela ne passe visiblement pas auprès d’une partie des parents. « Moi vivant, mon fils/ma fille ne chantera pas en arabe ! Même pas une ou deux phrases avoisinant quatre autres langues ! »

 Vives contestations, esprits qui s’échauffent sous le soleil de l’Ile de Beauté, l’affaire prend des proportions démesurées. Et même inquiétantes quand des insultes, des menaces (y compris de mort !) et des bousculades physiques à son endroit conduisent le corps enseignant à, purement et simplement, annuler la kermesse de fin d’année.

 Les médias, friands de ce genre de clochemerle, se sont vivement emparés de l’affaire. Articles, reportages télévisés…

 Le Figaro, journal punko-anarchiste soucieux de sortir des sentiers battus corses, a souhaité innover en donnant la parole à l’un des parents contestataires. Ceci afin de connaître leurs motivations, « jusqu’alors peu relayées dans les médias ».

 Démarche louable de la part du Figaro. Car qui n’entend qu’une cloche, fût-elle d’un village  Corse, n’entend qu’un son.

 Analysons-donc les arguments qui peuvent justifier que l’on refuse que son gosse chante deux lignes en arabe, voire que l’on tagge « arabi fora » (les arabes dehors) à proximité d’une école élémentaire et que l’on menace des institutrices.

 

Le parent interviewé commence à indiquer « ce projet de kermesse a été désavoué (…) le problème c’est que cette chanson soit chantée dans une langue étrangère. On est dans une école bilingue français-corse et les parents n’ont pas compris cette intrusion d’une langue étrangère ».

 Ainsi, l’on peut inscrire son enfant à une école bilingue, mais refuser strictement qu’il apprenne toute autre langue…

On n’apprend donc pas l’anglais dans cette école bilingue ?

 

Le souci c’est surtout qu’il ne faut pas se voiler la face. Ce qui pose problème, ce n’est pas une langue étrangère, c’est CETTE langue étrangère-là.

 La chanson devait être interprétée en CINQ langues différentes. Que je sache, l’on n’a vu fleurir aucun tag « les anglais dehors » ou « les espagnols dehors » à proximité de l’école.

 Il convient donc de se demander pourquoi l’arabe poserait plus de problèmes aux parents qu’une autre langue étrangère.

 Un petit souci avec la tolérance, peut-être ?

 La peur que de chanter deux phrases en arabe vous transforme un petit corse en djihadiste ?

 Il convient d’appeler un chat un chat, un intolérant un intolérant et un raciste par son nom.

 Dès lors, la « justification » de ce brave père de famille  ne tient pas.

 Refuser qu’une autre langue que le Corse ou le Français soit non pas enseignée, mais chantée à une kermesse ?! Quel beau témoignage d’ouverture d’esprit. Surtout quand comme par hasard la langue en question se trouve être…l’arabe.

 Les parents auraient-il fait un scandale d’entendre « Imagine » chanté en anglais, français, corse et italien ?

 

Notre parent de continuer sa tentative de justifier l’injustifiable : « quand on est allés voir les institutrices pour comprendre pourquoi il y avait cette langue étrangère au programme, elles n’ont pas jugé utile de nous donner des explications. Quand on a demandé, ça les a vexées ».

Ben ouais, mon gars. Tu t’es pris un gros vent, une fin de non-recevoir par des institutrices qui se sont à juste titre demandé quels comptes elles pouvaient bien avoir à te rendre, et quel crime elles avaient pu commettre en projetant de faire chanter un bout de chanson en arabe à ta progéniture, en hymne à la tolérance.

 « on ne parle pas aux cons, ça les instruit », disait Audiard.

 Et quand on est enseignant, si le dialogue doit toujours être privilégié avec les parents, lorsque l’on sent que la démarche à laquelle l’on est confronté est nauséabonde et mue par un racisme qui ne veut pas dire son nom, on n’a rien à justifier; on n’a pas à argumenter sur le bien-fondé de deux couplets en arabe et du choix de cette langue par rapport au Chinois et à l’Ourdou.

 

Sois rassuré, cher parent: mes propres géniteurs n’ont pas été consultés quand la cheffe de chœur de la chorale de mon collège a décidé d’un programme de chant « voyage autour de la terre »; et m’a fait chanter en allemand, anglais, japonais, turc et arabe. Et personne n’a crié au scandale, le spectacle fut très apprécié.  

 De même quand j’y repense, je n’ai pas été consulté quand l’an dernier pour la Coupe du Monde de football, mon fils et ma fille, 5 et 3 ans, ont dansé sur des musiques brésiliennes, affublés de maillots de tous les pays. Moi, supporter inconditionnel de l’Equipe de France, quand j’y repense, j’aurais dû crier au scandale, menacer, et tagger « les brésiliens dehors » devant l’école maternelle. Comment peut-on tolérer des drapeaux et maillots étrangers, de la musique étrangère, dans une école bien de chez nous, ma bonne dame, je vous le demande. On n’est plus en France !!

 

Notre parent justificateur de continuer sa démonstration auprès du journaliste du Figaro (c’est sympa, comme nom, ça Figaro. Ça sonne un peu corse) : « tout le monde aurait dit oui dans le cadre d’une langue représentative de la classe ».

 En d’autres termes : « y’a pas d’arabes dans la classe donc pourquoi qu’on chanterait en arabe ? »

 Mais au nom de quoi si ce n’est la fermeture d’esprit et la volonté de vivre en « vase clos » dont l’interviewé se défend par ailleurs, les langues dans une chanson de fin d’année ne devraient être que celles représentatives d’au moins un élève de la classe ?

 L’ouverture au monde, oui, mais uniquement au nôtre ! A celui que l’on connaît déjà !!

 

« refuser ce projet pour ma fille, c’est mon droit » déclare encore ce parent.

 Il est clair que l’on a le droit d’être con. Et intolérant. Il n’y a pas de loi contre la connerie. Celle qui conduit à exclure sa fille d’une fête d’école pour ne pas qu’elle chante ne serait ce qu’un mot en arabe, cette langue barbare de l’ennemi qui vient jusque dans nos bras, égorger nos fils et nos compagnes. La connerie qui consiste par la même, à inculquer à sa fille des valeurs de rejet et de défiance vis-à-vis des mauresques et des mahométans. D’ailleurs, le drapeau Corse lui-même arbore la tête d’un Corse, d’un vrai.

 Des lois, il y en a en revanche contre le racisme et la xénophobie. Et ces lois ne s’arrêtent pas aux limites du Continent, mais ont vocation à s’appliquer, aussi, à l’Ile de Beauté.

 Le journaliste du Figaro fait d’ailleurs le job et demande au papa-qui-ne-comprend-pas : « Y a-t-il un climat de xénophobie dans la région, comme le laisse supposer les inscriptions à caractère raciste taggées devant l’école ? »

 L’honneur corse est sauf : le papa condamne ces tags, mais en les minimisant: « c’est sans doute des gamins…s’il y avait vraiment des gens racistes, ce n’en serait pas resté à de simples tags ».

 Autrement dit, les tags « arabi fora », « les arabes dehors », ce n’est pas vraiment du racisme. S’il n’y a pas de violences physiques, c’est rien, juste des gamins qui s’amusent.

 Bien entendu nous n’échappons pas de la part de l’interviewé, au couplet sur « je ne suis pas raciste, 60 % de mes collègues sont maghrébins, on s’embrasse ».

 Et de minimiser l’histoire, sur l’air de « on dramatise la situation, c’est la faute aux media ». Et cette perle extraordinaire : « on dit que les institutrices ont été agressées, mais elles ont juste été interpellées verbalement pour leur dire que c’est la langue corse qu’il faut promouvoir. Bon c’est vrai qu’ici on emploie des mots forts… »

 Des « mots forts » qui ont consisté notamment, en des menaces de pendaison sur internet…

 

En toute fin d’interview, ce père a un éclair de lucidité, quand il confie: « les perdants dans cette histoire, ce sont surtout les enfants ».

 Oui, les enfants sont doublement perdants.

Perdants de se voir privés de leur fête et de la cagnotte qui devait en résulter et servir à leurs sorties pédagogiques. 

Perdants d’avoir des parents intolérants, pour qui chanter une strophe ou un couplet d’ »Imagine » en arabe, constitue un véritable projet pédagogique et qui préfèrent vouer les enseignantes à la pendaison (virtuelle) et leur dire « avec des mots forts » qu’hors du Corse, point de salut.

 Que deviendront ces enfants avec de tels référents ?

 C’est précisément le rôle de l’éducation nationale, que de les ouvrir au monde, et pas seulement à leur île, même dans le cadre d’une école bilingue franco-corse.

 C’est également son rôle de rappeler que, école bilingue ou pas, cela reste celle de la république. Avec les lois de la république. Lesquelles sanctionnent le racisme et la xénophobie. Si, si, en Corse, aussi.

 

Cher père anonyme qui n’a pas voulu que ta fille chante Imagine pour partie en arabe, j’ai une mauvaise nouvelle pour toi.

 Un homme va sonner à ta porte.

 Et il te dira avec un grand sourire et un accent du soleil: « bijour, jy suis votre nouveau voisin ! »

 Peut-être même que le soir, tu l’entendras chanter.

Imagine !

http://www.lefigaro.fr/actualite-france/2015/06/19/01016-20150619ARTFIG00270-un-parent-explique-son-refus-de-voir-sa-fille-chanter-imagine-en-arabe.php

  1. Je suis corse et réellement scandalisé par ce qui s’est passé. Je suis navré que le racisme le plus primaire existe dans notre terre qui a dans ses valeurs premiers l’hospitalité …
    Je suis cependant navré également quand je lis ce type d’articles où on parle des corses en généralisant …
    Remplacez dans cet article « corse » par « arabe », « juif »,  » breton » … Et tout le monde se lèvera, scandalisé à juste titre.
    Le racisme c’est laid . Peu importe qui est ostracise .
    Les cons , il y en a partout : en Corse et ailleurs : tous les corses ne sont pas racistes . Arrêtons de stigmatiser une population ( racisme ?) sous prétexte que d.aucuns. N.ont pas de cerveau !

    Christian luzi 20 juin 2015 à 23 h 04 min Permalink
  2. Cher Christian

    J’ignorais qu’il y eut une race Corse. Vous me taxez de « racisme » anti-insulaire parce que vous vous sentez stigmatisé (vous employez « ostracisé » à mon sens à mauvais escient) par de soi-disant généralisations que vous croyez percevoir dans mon billet.

    Mais posez-vous cette simple question : qui est responsable de cette situation ? Qui adopte une attitude scandaleuse laquelle rejaillit sur l’ensemble de la communauté Corse ?

    Quand une poignée de hooligans anglais ont semé la mort au Stade du Heysel à Bruxelles, ce sont tous les supporters de foot anglais, voire tous les anglais eux-mêmes, qui ont pâti de cette image.

    Mais leur réaction n’a pas été de crier à la stigmatisation de leur groupe ou de leur peuple. L’attitude la plus fréquente a été de déclarer que ceux qui ont fait cela étaient la honte de l’Angleterre. Et les anglais ont pris le problème à bras-le-corps pour l’éradiquer plutôt que de se replier sur eux-mêmes en disant « vous ne nous aimez pas » et « des hooligans il n’y en a pas plus chez nous qu’ailleurs ».

    Casser le thermomètre, comme vous le faites, n’a jamais conduit à baisser la fièvre.

    Votre coeur de Corse dut-il en saigner, oui, en Corse, il existe un racisme plus prononcé que sur d’autres territoires de la même république. Je n’écris pas que TOUS les Corses sont racistes et j’entends bien que vous vous désolidarisez de cette minorité nuisible qui salit l’image de la Corse.

    Mais je vous renvoie à plusieurs articles sur le sujet qui ne date hélas pas d’hier
    http://www.panapress.com/Les-Marocains-victimes-de-racisme-en-Corse-(France)–12-721462-61-lang4-index.html

    http://tempsreel.nouvelobs.com/societe/20150618.OBS1122/racisme-en-corse-une-progression-de-l-activisme-d-extreme-droite.html

    http://www.corsenetinfos.fr/Racisme-Quotidiennete-specificite-exemplarite_a9533.html

    http://videos.lexpress.fr/actualite/politique/video-la-corse-aux-corses-du-racisme-anti-continentaux-l-edito-de-christophe-barbier_1272283.html

    Ce n’est pas moi qui consacre des articles ou des thèses universitaires au sujet. Je n’ai jamais rien vu de pareil concernant les habitants de Belle-Ile en Mer ou de l’Ile de Sein.

    Il ne faut pas se cacher derrière son petit doigt: il y a un problème de racisme spécifique à la Corse. Qui n’est pas le fait de tous les Corses, mais qui est assez important pour qu’on s’en préoccupe et que l’on ne détourne pas le regard, de peur d’être plastiqué ou que sais-je encore.

    Tous les Corses sont victimes de la mauvaise image que renvoie d’eux, cette minorité hélas très visible et agissante, qui reçoit les touristes en les considérant comme des envahisseurs, qui veut faire sa loi en décidant qui a le droit ou pas de s’installer en Corse, et qui multiplie les discriminations et vexations envers les immigrés, principalement maghrébins.

    Je n’ai jamais lu d’inscriptions « la Picardie aux Picards ».
    « la Corse aux Corses » (en Corse dans le texte), si.

    Alors effectivement des cons, il y en a partout. Mais la solution n’est pas de relativiser et de faire l’autruche avec la tête dans le sable face à un phénomène réel et inquiétant. Il convient de prendre le problème à bras le corps et de ne pas nier que ceux qui n’ont pas de cerveau, nuisent à l’image de la Corse. C’est eux qu’il convient de rejeter, et pas ceux qui comme moi, tirent la sonnette d’alarme.

    Parce que votre réflexe de repli identitaire face aux agressions « de l’extérieur », c’est à dire de tout ce qui n’est pas Corse et qui critique la Corse, vous rend de facto, solidaire des racistes dont vous vous démarquez par ailleurs.

    souslarobe 21 juin 2015 à 18 h 14 min Permalink
  3. Si tu viens en Corse, pinzutu, on te cassera les genoux.

    Terra Corsa a i corsi 22 juin 2015 à 16 h 00 min Permalink
    • CQFD ! ah quel belle preuve d’ouverture si bien décrite dans le billet.

      cauchois heureux, non intégriste et accueillant 22 juin 2015 à 16 h 35 min Permalink
  4. Cher Soularobe :-)
    Je vis en Corse, suis Corse, pour moitié, mais je considère la Corse comme ma véritable patrie, souhaitant ardemment son autonomie sinon son indépendance à plus ou moins long terme. Le racisme, il y en a a dans l’île, mais pas plus pas moins que sur le continent. Mon fils vit au milieu d’enfants roumains, arabes, etc… sans que cela nous pose le moindre problème, et eut-il choisi d’apprendre l’arabe (que j’ai parlé puisque né en Algérie) au lieu de l’italien que cela ne m’eut posé aucun souci.
    N’oublions pas non plus que la Corse a été le seul département français à protéger les Juifs et Serge Klarsfeld a qualifié la Corse l’île de Justes. Il ne faudrait pas l’oublier. Reste que ce que qui s’est passé est lamentable, et je pèse mes mots. Je vous conseille de lire aussi la déclaration de Jean-Guy Talamoni sur cette affaire.
    Amicalement.

    Thierry 23 juin 2015 à 9 h 02 min Permalink

Répondre à Terra Corsa a i corsi

Commenter Gravatar

Je suis con ou bien... ? |
VICTOR OJEDA-MARI AUTEUR ET... |
Désintoxicateur |
Unblog.fr | Annuaire | Signaler un abus | Les Réseaux Sociaux
| EN AVOIR OU PAS
| Actions populaires françaises