Contre la Peine de Mort, Ensemble, Debout.

31 mai 0 Commentaire Catégorie: Non classé

« Cinq heures du mat » j’ai des frissons

Je claque des dents et je monte le son

Seul sur mon lit, dans des droits bleus froissés

C’est l’insomnie, sommeil cassé.

Je perds la tête, et mes cigarettes

Sont toutes fumées dans le cendrier.

C’est plein de Kleenex, de bouteilles vides

Je suis tout seul, tout seul, tout seul… »

C’est égalitaire, une nuit. Comme la pluie, la nuit tombe sur tout le monde, sur le juste comme sur l’injuste, sur le grand comme sur le petit, sur le faible comme sur le fort.

Si la nuit, tous les chats sont gris, tous les hommes, eux, sont noirs.

C’est dans les périodes de nuit que nous nous sentons les plus proches les uns des autres.

Et c’est justement ce qui me dérange ce soir. C’est précisément la raison pour laquelle, ce qui ne m’empêche pas de vivre le jour, m’empêche de dormir cette nuit.

Cette nuit, j’ai envie d’interpeller Dieu. Il y a des moments où je me demande ce qu’il peut bien faire là-haut.

Dis mon Dieu, tu dors ?

Réveille-toi, le monde a besoin de toi…

Là-bas, en Chine, plus de 10 000 exécutions auraient eu lieu l’an dernier, selon l’aveu même d’un député. Bien loin des quelque 7000 condamnés et 3700 exécutés officiellement, sur toute la planète. Chine, médaille d’or de l’exécution, championne olympique toutes catégories. Paradoxalement dans ce pays on manque encore de stades, pour y faire défiler les condamnés avec une pancarte rappelant leur crime, réel ou supposé, puis les abattre en public d’une balle dans la tête, balle dont le remboursement sera demandé aux familles. Alors, en attendant que de nouveaux soient construits l’on est passé à un nouveau niveau. Plus raffiné. Celui des chambres de la mort ambulante, dans des camions, comme au début de la Solution Finale. Car en Chine, la mort n’est pas en marche. Elle roule.

Là-bas, en Iran, autre champion, dans la catégorie « ratio du nombre d’exécutions par rapport au nombre d’habitants. » Grand vainqueur de la proportionnelle. Des femmes sont lapidées, ou pendues à des grues, seule concession des mollahs à la modernité. Pour adultère, pour prostitution, pour blasphème. En ton nom, Dieu. Ou au nom d’un usurpateur qui ne peut pas être toi. Mais en Iran l’usurpation d’identité n’étant pas passible de la peine capitale, du moins pas encore, alors ce Dieu de sang, lui, on ne le tuera pas.

Là-bas, à Cuba, champion du nombre de causes d’exécution. 112 délits sont passibles de la peine capitale. Dans cette île paradisiaque, on trouvera toujours une bonne raison de vous faciliter la vie. En vous la raccourcissant.

Là-bas, en Arabie Saoudite, à la course au record d’une année sur l’autre. 90 personnes exécutées pour la seule année 2014. 54 pour les trois premiers mois de 2015. Par décapitation, et souvent en public. Au nom de la tradition islamique de la charia. Ou plutôt de ce que l’on veut bien lui faire dire. La charia, fondée sur le Coran et sur les actes et paroles du prophète Mahomet, et qui constitue la base de la Constitution de l’Arabie saoudite, prévoit que certaines crimes sont passibles de la peine capitale. Les infractions en matière de stupéfiants ne sont pas mentionnées dans ces sources. On n’y voit pas trace non plus d’une quelconque référence à telle ou telle méthode d’exécution, par exemple la décapitation, pour punir certains crimes. Le 18 août 2014, quatre hommes d’une même famille ont été exécutés. Ni les allégations selon lesquelles les quatre hommes avaient été torturés, ni l’incapacité des autorités à prouver qu’ils étaient effectivement coupables de trafic de stupéfiants n’ont permis de leur épargner la décapitation.

Là-bas, en Indonésie. L’un de nos ressortissants, Serge Atlaoui, attend dans le couloir de la mort. Ses compagnons d’infortune ont déjà tous été exécutés. En Indonésie, le peloton d’exécution ne fait pas le tri entre « locaux » et étrangers. C’est l’égalité devant l’injustice. Condamnés à mort pour des infractions n’ayant pas entraîné la mort. Au terme d’une parodie de procès. Sauver Serge Atlaoui ne doit pas faire oublier tous les pauvres hères qui, jugés en même temps que lui, ont déjà été passés par les armes.

Là-bas, en Corée du Nord. Un dirigeant fou fait le grand vide autour de lui. Des membres de sa famille, une petite amie, un général qui s’est endormi pendant un défilé et qui aurait eu le privilège d’une exécution au canon anti-aérien…Ah, la chic Corée ! Ou quand l’exécution devient arme de destruction massive des opposants, arme de dissuasion politique par la terreur. Me vient à l’esprit l’image de ce roi de France qui, regardant brûler sur le bûcher le chef des Templiers, lequel le maudissait jusqu’à son dernier souffle, concédait : « j’ai fait une erreur…j’aurais dû lui arracher la langue avant ».

Là-bas, aux Etats-Unis. Des couloirs. Aussi encombrés que ses homonymes aériens. 3400 personnes en attente de décollage vers un monde meilleur et surtout, plus juste. Car depuis 1973 ils sont plus d’une centaine à y avoir atterri avant que leur innocence ne soit prouvée in extremis. Noirs ou hispaniques, pour l’immense majorité.

Là-bas…

Dis mon Dieu, tu dors ?

Non, je ne dors pas.

Car c’est moi dans un camion ou sur le Stade.

C’est moi qu’on lapide, qu’on pend à une grue, qu’on décapite ou qu’on fusille.

C’est moi qui perds la vie pour avoir commis les délits de sabotage informatique, d’adultère, d’apostasie ou de blasphème.

C’est moi l’opposant politique gênant, condamné au silence ou à avoir la tête tranchée.

C’est moi l’infirmière bulgare et le médecin palestinien, membres d’une ONG qui en sauvant des vies en Libye, ont failli perdre la leur, faussement accusés d’avoir inoculé le virus du SIDA à des enfants, parce que je soulignais par mon action humanitaire les carences d’un régime dépourvu d’humanité.

C’est moi qui meurs pour un délit puni au plus de 10 ans de prison dans d’autres pays. Notamment parce qu’on a trouvé de la drogue placée dans ma valise.

C’est moi le condamné à mort pour mes idées, pour ma race ou tout simplement par erreur. Une erreur dont on dit qu’elle est humaine mais qui au final conduit à une justice, à une sentence, inhumaines.

C’est moi…

Alors, mon Dieu, c’est moi qui dors ?

Réveille-moi !!

Mais si pour dormir il suffit simplement de fermer les yeux, comment faire pour se réveiller ?

Aide-moi, mon Dieu !

Donne-moi un coeur militant pour me battre avec Ensemble Contre la Peine de Mort, Amnesty International, la Ligue des Droits de l’Homme, entre autres, et affirmer avec elles :

- Que la vie de tout homme est sacrée et nulle autorité ne saurait voter, juger ou décider de la mort d’un être humain.

- Que la Justice n’est jamais à l’abri d’une erreur judiciaire et la peine de mort est la seule peine non rattrapable, irréversible, sans retour.

- Que la peine de mort est inutile et même contre-productive.

- Que la peine de mort est une violation des droits humains, un traitement cruel, inhumain et dégradant, indigne de toute société qui se prétend civilisée.

- Que la peine de mort est davantage un acte de vengeance que de Justice.

- Que la peine de mort frappe principalement les personnes faibles, la plupart du temps sans ressources ni moyens de se défendre, souvent membres des minorités,

- Que la peine de mort entretient l’idée insupportable que l’on pourrait désespérer de l’être humain, et que la vie d’un homme pourrait se réduire à un seul de ses actes, en évacuant toute idée de rédemption et de réhabilitation.

- Que la peine de mort, dans un pays dont je suis le citoyen, est prononcée en mon nom. C’est donc moi qui tue puisque c’est au nom du peuple que la Justice est rendue.

Donne-moi un coeur généreux, un coeur d’avocat, pour aller d’une seule langue, d’une seule voix, au sein de la Commission Internationale des Barreaux et

- Pour réaffirmer avec mes Confrères des autres barreaux du monde francophone, mon opposition catégorique et sans réserve à la peine de mort.

- Pour considérer que l’abolition de la peine de mort demeure un objectif essentiel qui mérite l’attention constante et les efforts conjugués de tous les avocats et de tous les ordres ou les associations qui les représentent.

- Pour rappeler sans cesse que de trop nombreux pays pratiquent encore l’exécution capitale.

- Pour m’engager à promouvoir, dans la mesure de mes moyens, la nécessité de l’abolition de la peine de mort par la discussion, la persuasion des autorités, pour oeuvrer à l’évolution des mentalités.

- Pour protester, pour défendre, pour savoir dire non à l’innommable et à la barbarie.

Donne-moi un  coeur courageux pour aller en France, berceau de la Déclaration des Droits de l’Homme, à Paris, en son Palais de Justice, témoigner publiquement, de ma foi en l’Homme et de mon engagement pour la Vie, alors que mon pays n’a pas aboli la peine de mort, ou l’a simplement suspendue ce qui laisse augurer qu’il se réserve la possibilité de la reprendre. Chez moi, en Algérie, au Burkina, au Niger, au Togo, au Congo.

Oui, donne-moi ce coeur-là qui peut lever des montagnes, car non, je ne suis pas seul, car oui, à tous, on peut tout !!

 

Sept heures du mat’. Ma nuit s’en va, le jour s’en vient. Pour la première fois depuis des années, j’ose me regarder en face dans la glace.

La nuit est partie, je suis toujours noir.

Mais maintenant, maintenant mon Dieu, j’en suis fier !!

 

J’ai prononcé ce discours le 18 novembre 2005 à l’occasion du prix des Secrétaires de la Conférence du Barreau de Paris, au Palais de Justice de Paris. Septième Secrétaire de la Conférence plus particulièrement responsable de la francophonie, j’ai organisé un concours d’éloquence en faisant venir de jeunes avocats francophones des cinq continents, lesquels devaient discourir sur le thème de la Peine de Mort.

Je l’ai actualisé pour y inclure les données les plus récentes, notamment le procès de Serge Atlaoui.

La Conférence des avocats au Barreau de Paris (autrefois appelée « Conférence du Stage ») est une institution ancienne du Barreau de Paris. Au terme d’un concours d’éloquence organisé sur une année, douze jeunes avocats (moins de 35 ans et/ou moins de 10 ans de Barre) sont élus par la promotion précédente.

Les Secrétaires de la Conférence, puisqu’ils sont appelés ainsi, sont chargés d’une triple mission : assurer la défense pénale d’urgence, notamment l’assistance aux personnes renvoyées devant la Cour d’Assises; représenter le jeune Barreau Parisien à l’Etranger, à l’occasion des rentrées judiciaires; et perpétuer la tradition du concours de la Conférence, assurant ainsi à leur manière, une défense de la langue française.

Des Secrétaires de la Conférence ont visité des prisons au Mali ou encore, dénoncé les conditions de retenue au dépôt du Palais de Justice de Paris, obtenant sa rénovation.

Ma promotion en 2005 s’est particulièrement impliquée dans l’action de l’association « Ensemble Contre la Peine de Mort ».

Le vainqueur du concours de la Francophonie a eu énormément de courage de venir discourir, la Peine de Mort étant encore en vigueur dans son pays.

Il est, depuis lors, devenu Bâtonnier.

 

 

 

 

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