Mes pires souvenirs d’audience…

4 mai 0 Commentaire Catégorie: Non classé

Appel d’un journaliste ce matin. « Je fais un article sur les pires anecdotes de plaidoirie des avocats. On m’a dit que vous pourriez me donner un exemple. » Un seul ? C’sst mal me connaître…Et en y réfléchissant, j’aurais de quoi en faire un livre. Mais je ne puis résister à la tentation, cher lecteur, de vous en livrer quelques unes. Car vous le valez bien !

La plus…désagréable.

 Je viens tout juste de prêter serment. Mon Maître de Stage m’envoie plaider un dossier prud’homal compliqué à Fougères, en m’indiquant « je vous envoie loin comme ça, si vous plaidez mal, personne ne le saura ! » Déjà stressé par cette mise en conditions, je commets l’erreur de signaler au Confrère adverse, qu’il s’agit de ma première plaidoirie. Il en profitera pour plaider en me regardant d’un air narquois, avec allusions du genre « mon jeune Confrère ne sait sans doute pas que… ». Au final, le Conseil se déclarera en départage et il me faudra revenir plaider quelques mois plus tard…et gagner !

 

La plus…angoissante

Défendant un accusé en Cour d’Assises, j’ai remarqué que son frère, présent dans la salle, m’adressait des signes non équivoques mimant mon égorgement…pour le cas où mon client serait trop lourdement condamné !

 

La plus…gênante

Question du Tribunal : « Madame, pourquoi avoir repris la prostitution ? » La réponse de ma cliente fuse: « pour payer mon avocat ! ». Regard amusé et compatissant des magistrats à mon égard.

 

La plus…désespérante

Après avoir plaidé pendant une demi-heure pour démontrer l’innocence de mon client et demander sa relaxe, celui-ci a la parole en dernier. « avez-vous quelque chose à rajouter sur ce que vient de dire votre avocat ? » « non non, il a très bien menti ! » Avocat mortifié, prévenu condamné.

 

La plus…désespérante (bis)

Mon client était prévenu de détention et cession de stupéfiants, car lors d’un contrôle de police dans un hall d’immeuble, un paquet de cocaîne avait été trouvé sur une boîte aux lettres à côté de lui. Je cache un sachet de farine dans la salle d’audience, et dans ma plaidoirie, je désigne une personne dans le public. « c’est à côté de vous, Monsieur, ce n’est pas à vous. ce sachet pourrait contenir de la drogue. Je demande la relaxe ! » Mon client se lève alors « bon ok la drogue c’est à moi, mais soyez indulgent avec mon avocat, s’il vous plait !! »

 

La plus…désespérante (ter)

Client accusé de viol sur deux femmes. Briefé avant l’audience pour exprimer des regrets. Parole en dernier après ma plaidoirie. « Je suis absolument désolé je tiens à m’excuser pour le mal que j’ai fait.  » (puis se tournant vers l’une des parties civiles) « sauf pour toi, salope, parce que toi, tu voulais !! »

La plus…révoltante

L’avocat général devant la Chambre de l’Instruction « pête un cable » et se lance dans une longue diatribe raciste contre mon client, membre de la communauté des gens du voyage, et contre sa compagne présente dans la salle. « votre communauté comme chacun sait du vol et du recel un mode de vie. Vos noms vous accusent ! C’est combine et rapine ! Une personne comme vous s’est pris une balle dans le dos d’un honnête citoyen cambriolé, on peut comprendre l’exaspération légitime… ». Récupéré la compagne de mon client, en vrac, pleurant, après l’audience. Plainte pour incitation à la haine raciale, classée sans suite.

La plus…surréaliste

Accompagné d’un stagiaire en audience. Le Président du Tribunal demande si je n’ai pas une question au prévenu qui est accessoirement, mon client. Le stagiaire qui normalement doit se contenter d’un rôle muet: « moi, j’ai une question ! Pourquoi niez-vous les faits alors qu’avant l’audience vous avez avoué à Maître SouslaRobe que c’était vous ? » Stage terminé…

 

La plus…angoissante (bis)

Plaidé pour un chauffeur routier prévenu d’homicide involontaire sur un lycéen lors d’un accident de la circulation. Relaxe obtenue. Obligé de rester 1 heure dans la salle d’audience de peur de l’attroupement de la famille et des amis mécontents du jugement.

Les plus…déconcertantes

Ce Conseil de prud’hommes qui connaît visiblement mon contradicteur et l’accueille très jovialement. « ah, Maître X, quel plaisir de vous voir ! Alors qu’allez-vous nous dire ? » A la fin de sa plaidoirie, un Conseiller commente: « on applaudirait presque ! » Puis le Président donne la date de délibéré…en oubliant que je n’ai pas encore plaidé !!

 

Le Juge unique et le parquet qui s’acharnent sur mon client moniteur d’auto-école comparaissant pour exhibition sexuelle dans son véhicule pendant une leçon. Le Président qui demande à mon client, gêné, de parler plus fort pour que la classe de collégiens dans la salle d’audience puisse entendre. La plaignante qui révèle que mon client lui fait le conduire et attendre une demi-heure pendant qu’il couche avec sa maîtresse. Dont l’adresse correspond à celle de l’amie qui m’a recommandé auprès du client.

 

Remplacement d’un Confrère empêché en dernière minute pour un dossier correctionnel. « le client t’expliquera son affaire avant l’audience. » Il m’indique avoir été « tassé » en scooter par un autobus, perdu l’équilibre et s’être rattrapé au rétroviseur, lequel lui serait resté dans les mains. Prêt à plaider l’accident, j’entends le résumé de l’affaire par le Président : « vous avez fait la course avec un bus. Mécontent de vous être fait dépasser, vous l’avez rattrapé au 1er feu rouge. Là vous avez arraché le rétroviseur, l’avez balancé contre le pare-brise et enfin, craché sur le chauffeur, comme en témoignent 20 passagers ». Mon client: « c’est cela. »

La plus…pas de chance.

En chemin pour le Tribunal et  risquant d’être en retard, un automobiliste devant moi n’avance pas. Quand enfin je réussis à le dépasser, je le klaxonne en lui montrant mon poing et en criant « abruti ! ». A l’audience, je le retrouve devant moi. C’était le juge.

La plus…humiliante

Faire toute sa plaidoirie sur le parti pris des gendarmes, parce qu’à longueur de procès verbaux, ils désignent votre client sous le vocable « le mec ». Hurler au mépris. Se faire expliquer par le Président

La plus…inattendue

Première question à mon client, accusé de crime passionnel, aux Assises : « pourquoi avez-vous fait appel de votre condamnation ? » Réponse: « parce que j’estime que je n’ai pas été assez condamné. Je mérite le maximum ! » Allez plaider après ça…

 

La plus…honteuse

Une Consoeur de mon Cabinet avait emprunté mon sac d’avocat pour aller plaider en urgence. Ayant oublié mon portable à l’intérieur du sac, j’appelle mon numéro depuis le fixe du Cabinet pour le lui signaler. Elle revient furieuse d’audience: mon téléphone a sonné au fond du sac alors qu’elle était en train de plaider, dans la panique elle l’a extirpé mais son antenne s’est prise dans un string à tête d’éléphant que venait de m’offrir ma sœur pour Noël. Le string a fait un vol plané avant d’atterrir juste devant le Président d’audience. Qui a dit à ma Consoeur » je crois qu’il s’agit de vos affaires personnelles… »

La plus…gaffeuse

Plaidant pour un client insolvable, je tente « vous savez mieux que quiconque que l’on ne peut pas tondre un œuf ! » Avant de m’apercevoir que le juge est chauve.

Mais aussi…

Mon patron, facétieux, m’avait mis un  mot de consignes dans son dossier à plaider: « et si ça ne marche pas, vous n’aurez qu’à coucher avec la juge ». J’ai oublié le mot dans le dossier de plaidoirie. Au moment du rendu du délibéré, la magistrate m’a dit « j’ai été sensible à votre dernier argumentaire, mais je vous en dispense, vous ,n’en avez pas besoin pour avoir objectivement, gain de cause. »

 

La plus…plan mytho

J’étais commis d’office dans une énorme affaire de trafic international de stupéfiants. Les enquêteurs avaient donné au dossier, le nom d’une marque de tronçonneuse, les trafiquants colombiens usant de ce moyen pour éliminer les rivaux et les « balances ». Victime d’appels nocturnes malveillants (personne au bout du fil, parfois un bruit de moteur, appels répétés chaque nuit entre 22 h et minuit) je vais trouver le juge d’instruction. Je pense être victime d’intimidations. Sachant que le contexte du dossier s’y prêtait largement (avocat espagnol assassiné à Madrid, avocats choisis par le cartel essayant d’avoir accès au dossier et de récupérer tous les mis en examen pour s’assurer de leur silence, ma cliente déterminée à parler et victime de menaces en détention provisoire) j’indique au juge d’instruction que je suis menacé. Il prend l’affaire très au sérieux, l’Ordre me dessaisit du dossier à ma demande au profit d’un Confrère plus chevronné et moins influençable, je me mets au vert quelques temps chez des amis. un service spécialisé en criminalité organisée s’empare de l’affaire et m’entend longuement. L’enquête consiste à repérer quel numéro m’a appelé (« fadets »). Surprise: placée en garde à vue, la titulaire de la ligne téléphonique avoue et explique: nous avions été en contact sur Meetic –j’étais alors célibataire-, je n’avais pas voulu la rencontrer car au téléphone elle semblait perturbée mentalement…et elle s’était vengée par des appels anonymes muets. Quant au bruit de tronçonneuse que j’avais cru entendre…c’était une moto qui passait dans la rue. Dur à expliquer à mon Bâtonnier qui, informé des menaces, m’avait pris les mains en me disant « bon courage mon cher ami ! » comme si j’allais mourir demain…Dur d’encaisser les mots du juge d’instruction: « écoute, arrête Meetic, prends-toi une femme gentille, mais là tu nous as fait perdre un temps fou ! »

Et vous, quels sont vos pires souvenirs d’audience ?

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