Au secours, nous coulons !

20 avril 0 Commentaire Catégorie: Non classé

 

« Partir, c’est mourir un peu. Mais mourir, c’est partir beaucoup. »

Alphonse Allais ne me fait plus rire.

 

Parce qu’aujourd’hui, comme hier, comme la semaine dernière, des centaines d’hommes ont pris la mer, et la mer a pris des centaines d’hommes. De femmes. D’enfants.

 

Parce que pour des pauvres hères, partir, ce sera mourir beaucoup.

 

Parce que cela se passe juste en face de nous, sur la Méditerranée, que les romains appelaient « mare nostrum »- notre mer-, nous ne pouvons pas ne pas nous sentir concernés

 

Ces gens qu’on entasse sur des navires poubelles, ces gens qui chavirent et se noient, ce ne sont pas des djihadistes en puissance ou des « parasites-qui-viennent-manger-le-pain-des-français ».

 

Ce sont des êtres humains.

 

La plupart viennent d’Erythrée, du Soudan, de Lybie, de Syrie. Des zones en guerre, où le chaos règne.

 

Alors ils viennent « chez nous ».

 

Ils se seraient volontiers passés de quitter leur famille, leur village, leurs racines… »partir, c’est mourir un peu… »

 

mais leur choix se résume entre. la mort tout de suite sûrement, ou la mort peut-être plus tard en Méditerranée.

 

Le choix est vite fait…

 

Et ils nous font peur.

 

Parce qu’ils ont tout à gagner, à commencer par leur survie, et que nous avons tout à perdre.

 

Notre confort.

 

Nous les regardons couler, à l’heure du repas, bien installés à nos tables bien garnies ou sur nos canapés bien moelleux.

 

Nous mangeons à notre faim, nous buvons à notre soif, nous avons un toît sur la tête, et surtout, nous sommes dans un pays de paix et de liberté.

 

Eux aussi mangeaient à leur faim, buvaient à leur soit, avaient un toît, étaient libres.

 

C’était avant que nous arrivions.

 

Que nous pillions leurs richesses.

 

Que nous nous retirions pour laisser la place à des dictatures que nous soutenions plus ou moins directement.

 

Puis que nous fassions chuter les dictateurs quand ils devenaient incontrôlables et ne servaient plus nos intérêts. Saddam Hussein. Kadhafi. Entre autres.

 

Nos dirigeants, donc nous-mêmes qui les avons élus, portent l’écrasante responsabilité d’une situation qu’ils ont créée.

 

Ils ont cru que la planète se résumait à un jeu de Risk ou de Richesses du Monde.

 

Sauf que dans la vraie vie, il n’y a pas que les gisements pétrolifères pour faire rouler sa voiture, aurifères pour faire marcher l’économie, de nickel ou de cobalt pour faire fonctionner son ordinateur ou son smartphone.

 

Il y a aussi des êtres humains, victimes collatérales de nos prédations, et qui viennent aujourd’hui toquer à notre porte.

 

« la France ne peut pas accueillir toute la misère du monde’. Cet extrait de phrase de Michel Rocard a été maintes fois cité par ceux qui voudraient garder les yeux et la porte fermés. Extrait de phrase, car le père Michel ne s’était pas privé de préciser:  » mais elle doit en prendre sa part »

 

Cette part est immense. Elle augmente d’un millier d’âmes, chaque jour.

 

Nous la laissons à l’Italie.

 

Tel un enfant repu et gâté, qui vous dit « je te laisse mes olives, j’aime pas ça… »

 

Elle est belle, l’Europe…

 

Depuis les années 70, dans les Eglises catholiques, un chant de messe résonne parfois:

 

« laisserons-nous à notre table

un peu de place à l’étranger ?

trouvera t’il, quand il viendra

un peu de pain et d’amitié ? »

 

Mais pour en trouver encore faudrait-il qu’il arrive jusqu’à nous. Vivant.

 

Face à notre indifférence, nos peurs, notre tentation du rejet, c’est l’humanité qui se noie.

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